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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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DE TELEMAQUE. Liv. III. 45leurs marchandises parfaites chacune dans son genre, vous verriezbientôt tomber cette pui$$ance que vous admirez.Mais expliquez-moi, lui disois-je, les vrais moyens d'établir unjour à Ithaque un pareil commerce. Faites, me répondit-il, com-me on fait ici ; recevez bien & facilement tous les étrangers ; fai-tes-leur trouver dans vos ports la sureté, la commodité, la liber- entiére ; ne vous laissez jamais entraîner ni par l'avarice, ni parl'orgueil. Le vrai moyen de gagner beaucoup est de ne vouloir ja-mais trop gagner, & de savoir perdre à propos. Faites-vous aimerpar tous les etrangers : souffrez même quelque chose d'eux : crai-gnez d'exciter la jalousie par votre hauteur : soyez constant dans lesrégles du commerce, qu'elles soient simples & faciles; accoutumezvos peuples à les suivre inviolablement ; punissez sévérement lafraude & même la négligence ou le faste des Marchands qui ruï-nent le commerce en ruïnant les hommes qui le font. Surtoutn'entreprenez jamais de géner le commerce pour le tourner selonvos vuës. Il est plus convenable que le Prince ne s'en mêle point,& qu'il en laisse tout le profit à ses Sujets qui en ont la peine : au-trement il les découragera. Il en tirera assez d'avantages par lesgrandes richesses qui entreront dans ses Etats. Le commerce estcomme certaines sources; si vous voulez détourner leurs cours,vous les faites tarir. Il n'y a que le profit & la commodité quiattirent les étrangers chez vous. Si vous leur rendez le commercemoins commode & moins utile, ils se retirent insensiblementet ne reviennent plus, parce que d'autres peuples profitant devotre imprudence les attirent chez eux, & les accoutument à sepasser de vous. Il faut même vous avouër que depuis quelque temsla gloire de Tyr est bien obscurcie. O ! si vous l'aviez vuë, moncher Télémaque, avant le règne de Pygmalion, vous auriez étébien plus étonné. Vous ne trouvez plus ici maintenant que lestristes restes d'une grandeur qui menace ruïne. O malheureuseTyr! en quelles mains ès-tu tombée! autrefois la mer t'apportoitle tribut de tous les peuples de la terre.ygmalion craint tout & des Etrangers & de ses Sujets. Au lieudou-