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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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30 LES AVANTURESqu'eux. Il ne songeoit qu'à contenter ses passions, qu'à dissiperles trésors immenses que son pére avoit ménagez avec tant de soin,qu'à tourmenter les peuples, & qu'à succer le sang des malheureuxenfin qu'à suivre les conseils flateurs des jeunes insensez qui l'envi-ronnoient, pendant qu'il écartoit avec mépris tous les sages vieil-lards qui avoient eu la confiance de son pére. C'étoit un monstre& non pas un Roi. Toute l'Egypte gémissoit; & quoique le nomde Sésostris, si cher aux Egyptiens, leur fit supporter la conduitelâche & cruelle de son fils, le fils couroit à sa perte, et un Princesi indigne du trône ne pouvoit long-tems régner.Il ne me fut plus permis d'espérer mon retour en Ithaque. Jedemeurai dans une tour sur le bord de la mer auprès de Péluse, notre embarquement devoit se faire, si Sésostris ne fut pas mort.Métophis avoit eu l'adresse de sortir de prison, & de se rétablirauprès du nouveau Roi : il m'avoit fait renfermer dans cette tourpour se venger de la disgrace que je lui avois causée. Je passoisles jours & les nuits dans une profonde tristesse. Tout ce que Ter-mosiris m'avoit prédit, & tout ce que j'avois entendu dans la ca-verne, ne me paroissoit plus qu'un songe. J'étois abîmé dans laplus amére douleur : je voyois les vagues qui venoient battre lepied de la tour j'étois prisonnier. Souvent je m'occupois à con-sidérer des vaisseaux agitez par la tempête, qui étoient en dangerd'être brisez contre les rochers sur lesquels la tour étoit bâtie. Loinde plaindre ces hommes menacez du naufrage, j'enviois leur sort.Bientôt, disois-je à moi-même, ils finiront les malheurs de leurvie, ou ils arriveront en leur pays ; hélas ! je ne puis espérer nil'un ni l'autre.Pendant que je me consumois ainsi en regrets inutiles, j'apper-çus comme une forêt de mâts de vaisseaux. La mer étoit couverte de voiles que les vents enfloient : l'onde étoit écumante sousdes rames innombrables. J'entendois de toutes parts des cris confusj'appercevois sur le rivage une partie des Egyptiens effrayez quicouroient aux armes, & d'autres qui sembloient aller au devantde cette Flote qu'on voyoit arriver. Bientôt je reconnus que cesvaiſ-