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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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DE TELEMAQUE. Liv. II. 29si peu, que pour obtenir ses faveurs on le flate & on le trahit.Ensuite Sésostris me trait avec une tendre amitié, & résolut deme renvoyer en Ithaque avec des vaisseaux & des Troupes, pourdélivrer Pénélope de tous ses amans. La Flote étoit déja prête, nousne $ongions qu'à nous embarquer. J'admirois les coups de la fortu-ne, qui reléve tout à coup ceux qu'elle a le plus abaissez. Cetteexpérience me faisoit espérer qu'Ulysse pourroit bien revenir enfindans son Royaume après quelque longue souffrance. Je pensois aus-si en moi-même que je pourrois encore revoir Mentor, quoiqu'ileut été emmené dans les pays les plus inconnus de l'Ethiopie. Pendant que je retardois un peu mon départ, pour tâcher d'en savoirdes nouvelles, Sésostris qui étoit fort âgé, mourut subitement, &sa mort me replongea dans de nouveaux malheurs.Toute l'Egypte parut inconsolable de cette perte. Chaque famil-le croyoit avoir perdu son meilleur ami, son protecteur, son pére.Les vieillards levant les mains au Ciel, s'écrioient : Jamais l'Egypten'eut un si bon Roi; jamais elle n'en aura de semblable. O Dieuxil faloit, ou ne le montrer point aux hommes, ou ne le leur ôterjamais ! pourquoi faut-il que nous survivions au grand Sésostris ?Les jeunes gens disoient : L'espérance de l'Egypte est détruite, nospères ont été heureux de passer leur vie sous un si bon Roi : pournous, nous ne l'avons vu que pour sentir sa perte. Ses domesti-ques pleuroient nuit & jour. Quand on fit les funérailles du Roipendant quarante jours les peuples les plus reculez y accouroient enfoule : chacun vouloit voir encore une fois le corps de Sésostris :chacun vouloit en conserver l'image, plusieurs vouloient être misavec lui dans le tombeau.Ce qui augmenta encore la douleur de sa perte, c'est que sonfils Bocchoris n'avoit ni humanité pour les Etrangers, ni curiositépour les Sciences, ni estime pour les hommes vertueux, ni amourpour la gloire. La grandeur de son pére avoit contribué à le ren-dre si indigne de régner. Il avoit été nourri dans la molesse & dansune fierté brutale. Il comptoit pour rien les hommes, croyantqu'ils n'étoient faits que pour lui, & qu'il étoit d'une autre naturequ'eux.D 3