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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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DE TELEMAQUE. Liv. II. 31vaisseaux étrangers étoient les uns de Phénicie, & les autres de l'Is-le de Cypre ; car mes malheurs commençoient à me rendre expé-rimenté sur ce qui regarde la navigation. Les Egyptiens me parurent divisez entre eux. Je n'eus aucune peine à croire que l'insen- Bocchoris avoit par ses violences causé une révolte de ses Sujets,& allumé la guerre civile. Je fus du haut de cette tour spectateurd'un ſanglant combat.Les Egyptiens qui avoient appellé à leur secours les étrangers,après avoir favorisé leur descente, attaquérent les autres Egyptiensqui avoient le Roi à leur tête. Je voyois ce Roi qui animoit lessiens par son exemple, il paroissoit comme le Dieu Mars; desruisseaux de sang couloient autour de lui; les rouës de son char é-toient teintes d'un sang noir, épais & écumant, à peine pouvoientelles passer sur des tas de corps morts écrasez.Ce jeune Roi bien fait, vigoureux, d'une mine haute & fiére,avoit dans ses yeux la fureur & le désespoir. Il étoit comme unebeau cheval qui n'a point de bouche : son courage le poussoit auhazard, & la sagesse ne modéroit point sa valeur. Il ne savoit niréparer ses fautes, ni donner des ordres précis, ni prévoir les mauxqui le menaçoient, ni ménager les gens dont il avoit le plus grandbesoin. Ce n'étoit pas qu'il manquat de génie, ses lumiéres éga-loient son courage : mais il n'avoit jamais été instruit par la mau-vaise fortune. Ses Maîtres avoient empoisonné par la flaterie sonbeau naturel. Il étoit enivré de sa puissance & de son bonheur; ilcroyoit que tout devoit céder à ses désirs fougueux; la moindresistance enflamoit sa colére. Alors il ne raisonnoit plus : il étoitcomme hors de lui-même ; son orgueil furieux en faisoit une bê-te farouche : sa bonté naturelle, & sa droite raison l'abandonnoient en un instant; ses plus fidéles serviteurs étoient réduits às'enfuir : il n'aimoit plus que ceux qui flatoient ses passions. Ainsiil prenoit toujours des partis extrêmes contre ses véritables intérêts,& il forçoit tous les gens de bien à détester sa folle conduite. Longtems sa valeur le soutint contre la multitude de ses ennemis : mais enfin il fut accablé. Je le vis périr; le dard d'un Phénicien perça sapoi-