DE TELEMAQUE. Liv. II.25majestueuse, son teint étoit encore frais & vermeil, ses yeux vifs &perçans, sa voix douce, ses paroles simples & aimables. Jamais jen'ai vu un si vénérable vieillard ; il s'appelloit Termosiris, il étoitPrêtre d'Apollon, qu'il servoit dans un Temple de marbre que lesRois d'Egypte avoient consacré au Dieu dans cette forêt. Le livrequ'il tenoit étoit un recueil d'Hymnes en l'honneur des Dieux.Il m'aborde avec amitié, nous nous entretenons ; il racontoit si bienles choses passées, qu'on croyoit les voir; mais il les racontoit cour-tement, & jamais ses Histoires ne m'ont lassé. Il prévoyoit l'avenirpar la profonde $age$$e qui lui fai$oit connoître les hommes, & lesdesseins dont ils sont capables. Avec tant de prudence, il étoit gai,complaisant, & la jeunesse la plus enjouée n'a point autant de gracequ'en avoit cet homme dans une vieillesse si avancée ; aussi aimoit-illes jeunes gens, lorsqu'ils étoient dociles, & qu'ils avoient le goûtde la vertu.Bientôt il m'aima tendrement, & me donna des livres pour meconsoler; il m'appelloit son fils. Je lui disois souvent: Mon pé-re, les Dieux qui m'ont ôté Mentor, ont eu pitié de moi ; ilsm'ont donné en vous un autre soutien. Cet homme semblable àOrphée, ou à Linus, étoit sans doute inspiré des Dieux. Il me ré-citoit les vers qu'il avoit faits, & me donnoit ceux de plusieurs ex-cellens Poëtes favorisez des Muses. Lorsqu'il étoit revêtu de sa lon-gue robe d'une éclatante blancheur, & qu'il prenoit en main salyre d'yvoire, les tigres, les ours, les lion venoient le flater &lécher ses pieds. Les Satyres sortoient des forêts pour danser autour de lui, les arbres mêmes paroissoient émus ; & vous auriezcru que les rochers attendris alloient descendre du haut des montagnes aux charmes de ses doux accens. Il ne chantait que la gran-deur des Dieux, la vertu des Héros, & la sagesse des hommes quipréférent la gloire aux plaiſirs.Il me disoit souvent que je devois prendre courage, & que lesDieux n'abandonneroient ni Ulysse ni son fils. Enfin il m'assuraque je devois, à l'exemple d'Apollon, enseigner aux Bergers à cul-tiver les Muses. Apollon, disoit-il, indigné de ce que Jupiter par sesfou-
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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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