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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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24 LES AVANTURESblies jamais ! Tu reverras Ithaque, & ta gloire montera jusqu'auxAstres. Quand tu seras le maître des autres hommes, souvien-toi que tu as été foible, pauvre & souffrant comme eux, prenplai$ir à les $oulager, aime ton peuple, déteste la flaterie, & $a-che que tu ne seras grand qu'autant que tu seras modéré & cou-rageux pour vaincre tes paſſions.Ces paroles divines entrérent jusqu'au fond de mon cœur, elles yfirent renaître la joie & le courage ; je ne sentis point cette horreurqui fait dresser les cheveux sur la tête, & qui glace le sang dans lesveines, quand les Dieux se communiquent aux mortels. Je me levai tranquille, j'adorai à genoux, les mains levées vers le Ciel, Mi-nerve à qui je crus devoir cet oracle. En même tems je me trouvaiun nouvel homme, la $age$$e éclairoit mon e$prit, je $entois unedouce force pour modérer toutes mes passions, & pour arrêter l'im-pétuosité de ma jeunesse. Je me fis aimer de tous les Bergers dudésert; ma douceur, ma patience, mon exactitude appaisérent en-fin le cruel Butis, qui étoit en autorité sur les autres esclaves, &qui avoit voulu d'abord me tourmenter.Pour mieux supporter l'ennui de la captivité & de la solitude, jecherchai des livres, car j'étois accablé de tristesse, faute de quelqueinstruction qui pût nourrir mon esprit, & le soutenir. Heureux,disois-je, ceux qui se dégoûtent des plaisirs violens, & qui saventse contenter des douceurs d'une vie innocente ! Heureux ceux qui sedivertissent en s'instruisant, & qui se plaisent à cultiver leur espritpar les Sciences. En quelque endroit que la fortune ennemie les jet-te, ils portent toujours avec eux dequoi s'entretenir ; & l'ennui quidévore les autres hommes au milieu même des délices, est inconnuà ceux qui savent s'occuper par quelque lecture. Heureux ceux quiaiment a lire, & qui ne sont point comme moi privez de la lectu-re ! Pendant que ces pensées rouloient dans mon esprit, je m'en-fonçai dans une sombre forêt, j'apperçus tout à coup un vieil-lard qui tenoit un livre à la main.Ce vieillard avoit un grand front chauve, & un peu ridé, unebarbe blanche pendoit jusqu'à sa ceinture, sa taille etoit haute &ma-