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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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DE TELEMAQUE LIV. II.d'Oasis avec ses esclaves, afin que je servisse avec eux à conduire sesgrands troupeaux. En cet endroit Calypso interrompit Télémaque,disant : Eh bien, que fîtes-vous alors, vous qui aviez préfére enSicile la mort à la servitude ? Télémaque répondit : Mon malheurcroissoit toujours; je n'avois plus la misérable consolation de choisinentre la servitude & la mort; il falut être esclave, & épuiser, pourainsi dire, toutes les rigueurs de la fortune; il ne me restoit plusaucune espérance, & je ne pouvois pas même dire un mot pourtravailler à me délivrer. Mentor m'a dit depuis qu'on l'avoit ven-du à des Ethiopiens, & qu'il les avoit $uivis en Ethiopie.Pour moi j'arrivai dans des déserts affreux : on y voit des sablesbrûlans au milieu des plaines, des neiges qui ne fondent jamais,& qui font un hyver perpétuel sur le sommet des montagnes; &on trouve seulement pour nourrir les troupeaux des pâturages parmides rochers : vers le milieu du penchant de ces montagnes escar-pées, les vallées y sont si profondes, qu'à peine le Soleil y peutfaire luire ſes rayons.Je ne trouvai d'autres hommes dans ce pays, que des Bergersaussi sauvages que le pays même. je passois les nuits à déplo-rer mon malheur, & les jours à suivre un troupeau pour éviter lafureur brutale d'un prémier esclave, qui espérant d'obtenir sa libertéaccusoit sans cesse les autres, pour faire valoir à son maître son zéle& son attachement à ses intérêts. Cet esclave se nommoit Butisje devois $uccomber dans cette occa$ion. La douleur me pre$$ant,j'oubliai un jour mon troupeau, & je m'étendis sur l'herbe auprèsd'une caverne, j'attendois la mort, ne pouvant plus supportermes peines. En ce moment je remarquai que toute la montagnetrembloit, les chênes & les pins sembloient descendre du sommetde la montagne, les vents retenoient leurs haleines ; une voix mu-gissante sortit de la caverne & me fit entendre ces paroles : Fils dusage Ulysse, il faut que tu deviennes comme lui, grand par la pa-tience. Les Princes qui ont toujours été heureux, ne sont guére di-gnes de l'être; la molesse les corrompt, l'orgueil les enivre. Quetu seras heureux, si tu surmontes tes malheurs, & si tu ne les ou-blies