Druckschrift 
Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
Seite
20
Einzelbild herunterladen
 

20 LES AVANTUREScation des enfans qu'on accoutumoit à l'obéïssance, au travail, àla $obriété, à l'amour des Arts, ou des Lettres ; l'exactitude pourtoutes les cérémonies de la Religion, le désintéressement, le desir del'honneur, la fidélité pour les hommes, & la crainte pour les Dieux,que chaque pére inspiroit à ses enfans. Il ne se lassoit point d'admirerce bel ordre. Heureux, me disoit-il sans cesse, le peuple qu'un sa-ge Roi conduit ainsi ! mais encore plus heureux le Roi qui fait lebonheur de tant de peuples, & qui trouve le sien dans sa vertu ! Iltient les hommes par un lien cent fois plus fort que celui de la crain-te; c'est celui de l'amour. Non seulement on lui obéit, mais encore on aime à lui obéïr. Il régne dans tous les cœurs ; chacun,bien loin de vouloir s'en défaire, craint de le perdre, & donneroitsa vie pour lui.Je remarquois ce que disoit Mentor, & je sentois renaître moncourage au fond de mon cœur, à mesure que ce sage ami me parloit. Aussitôt que nous fûmes arrivez à Memphis, ville opulente &magnifique, le Gouverneur ordonna que nous irions jusqu'a Thébes,pour être présentez au Roi Sésostris, qui vouloit examiner les choses par lui-même, & qui étoit fort animé contre les Tyriens. Nousremontâmes donc encore le long du Nil, jusqu'à cette fameuse Thé-bes à cent portes, habitoit ce grand Roi. Cette ville nous pa-rut d'une étenduë immense, & plus peuplée que les plus florissan-tes villes de la Gréce. La police y est parfaite pour la propreté desruës, pour le cours des eaux, pour la commodité des bains, pourla culture des Arts, & pour la sureté publique. Les places sont or-nées de fontaines & d'obélisques ; les Temples sont de marbre, &d'une architecture simple, mais majestueuse. Le Palais du Princeest lui seul comme une grande ville : on n'y voit que colonnes demarbre, que pyramides, & obélisques, que statuës colossales,que meubles d'or & d'argent ma$$ifs.Ceux qui nous avoient pris, dirent au Roi que nous avions ététrouvez dans un navire Phenicien. Il écoutoit chaque jour à certai-nes heures réglées tous ceux de ses Sujets qui avoient ou des plaintesà lui faire, ou des avis à lui donner. Il ne méprisoit ni ne rebutoitper-