DE TELEMAQUE. Liv. II. 21personne, & ne croyoit être Roi que pour faire du bien à ses Sujets,qu'il aimoit comme ses enfans. Pour les Etrangers, il les recevoitavec bonté, & vouloit les voir, parce qu'il croyait qu'on appre-noit toujours quelque chose d'utile, en s'instruisant des moeurs &des maniéres des peuples éloignez. Cette curio$ité du Roi fit qu'onnous présenta à lui. Il étoit sur un trône d'yvoire, tenant en mainun $ceptre d'or : il étoit déja vieux, mais agréable, plein de dou-ceur & de majesté. Il jugeoit tous les jours les peuples avec une pa-rience & une $age$$e qu'on admiroit $ans flaterie. Après avoir tra-vaillé toute la journée a régler les affaires, & à rendre une exactejustice, il se délassoit le soir à écouter des hommes savans, ou àconverser avec les plus honnêtes gens, qu'il savoit bien choisir pourles admettre dans sa familiarité. On ne pouvoit lui reprocher entoute sa vie, que d'avoir triomphé avec trop de faste des Rois qu'ilavoit vaincus, & de s'être confié à un de ses Sujets que je vous dé-peindrai tout à l'heure.Quand il me vit, il fut touché de ma jeuneſſe; il me demandama patrie & mon nom ; nous fûmes étonnez de la sagesse qui parloit par sa bouche. Je lui répondis : O! grand Roi, vous n'igno-rez pas le siège de Troye qui a duré dix ans, & sa ruïne qui a coûtétant de sang a toute la Grece : Ulysse mon pére a été un des prin-cipaux Rois qui ont ruiné cette ville. Il erre sur toutes les merssans pouvoir retrouver l'Isle d'Ithaque qui est son Royaume : je lecherche ; & un malheur semblable au sien, fait que j'ai été pris.Rendez-moi à mon pére & à ma patrie. Ainsi puissent les Dieuxvous conserver à vos enfans, & leur faire sentir la joie de vivre sousun si bon pére.Sésostris continuoit à me regarder d'un œil de compassion : maisvoulant savoir si ce que je disois étoit vrai, il nous renvoya à unde ses Officiers, qui fut chargé de s'informer de ceux qui avoientpris notre vaisseau, si nous étions effectivement ou Grecs ou Phéni-ciens. S'ils sont Phéniciens, dit le Roi, il faut doublement les pu-nir pour être nos ennemis, & plus encore pour avoir voulu noustromper par un lâche mensonge. Si au contraire ils sont Grecs, jeveux
Druckschrift
Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
Entstehung
Seite
21
Einzelbild herunterladen
verfügbare Breiten