DE TELEMAQUE. Liv. II. 19Dieux vous font posséder le Royaume de votre pére. Aimez vospeuples comme vos enfans, goutez le plaisir d'être aimé d'eux, &faites qu'ils ne puissent jamais sentir la paix & la joie, sans se ressou-venir que c'est un bon Roi qui leur a fait ces riches présens. Les Roisqui ne $ongent qu'à $e faire craindre & qu'à abattre leurs Sujets pourles rendre plus soumis, sont les fléaux du Genre humain. Ils sontcraints comme ils le veulent être, mais ils $ont haïs, détestez ; &ils ont encore plus à craindre de leurs Sujets, que leurs Sujets n'ontà craindre d'eux.Je répondois à Mentor : Hélas ! il n'est pas question de songeraux maximes suivant lesquelles on doit régner. Il n'y a plus d'I-thaque pour nous, nous ne reverrons jamais ni notre patrie ni Pé-nélope : & quand même Ulysse retourneroit plein de gloire dans sonRoyaume, il n'aura jamais la joie de m'y voir; jamais je n'auraicelle de lui obéïr pour apprendre à commander. Mourons, moncher Mentor, nulle autre pensée ne nous est plus permise : mou-rons, puisque les Dieux n'ont aucune pitié de nous.En parlant ain$i, de profonds $oupirs entrecoupoient toutesmes paroles. Mais Mentor qui craignoit les maux avant qu'ilsarrivassent, ne savoit plus ce que c'étoit que de les craindre dès qu'ilsétoient arrivez. Indigne fils du sage Ulysse, s'écrioit-il ! Quoidonc, vous vous laissez vaincre à votre malheur ! Sachez que vousreverrez un jour l'Isle d'Ithaque & Pénélope : vous verrez mêmedans sa premiére gloire celui que vous n'avez jamais connu ; l'invin-cible Ulysse que la fortune ne peut abattre, & qui dans ses malheursencore plus grands que les vôtres, vous apprend à ne vous décou-rager jamais : O ! s'il pouvoit apprendre dans les terres éloignées oùla tempête l'a jetté, que son fils ne sait imiter ni sa patience ni soncourage, cette nouvelle l'accableroit de honte, & lui seroit plus ru-de que tous les malheurs qu'il $ouffre depuis $i long-tems.Ensuite Mentor me faisoit remarquer la joie & l'abondance ré-panduë dans toute la campagne d'Egypte, où l'on comptoit jusqu'àvingt-deux mille villes. Il admiroit la bonne police de ces villes, lajustice exercée en faveur du pauvre contre le riche, la bonne édu-C 2cation
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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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