18 LES AVANTURESSésostris avoit résolu, pour abattre leur orgueil, de troublerleur commerce dans toutes les mers. Ses vaisseaux alloient de touscôtez cherchant les Phéniciens. Une Flote Egyptienne nous rencon-tra, comme nous commencions à perdre de vuë les montagnes dela Sicile. Le port & la terre sembloient fuir derriére nous, & seperdre dans les nuës. En même tems nous voyons approcher lesnavires des Egyptiens semblables à une ville flotante. Les Phéni-ciens les reconnurent, & voulurent s'en éloigner : mais il n'étoitplus tems. Leurs voiles étoient meilleures que les nôtres, le ventles favorisoit ; leurs rameurs étoient en plus grand nombre. Ils nousabordent, nous prennent, & nous emménent prisonniers en EgypteEn vain je leur représentai que nous n'étions pas Phéniciens : àpeine daignérent-ils m'écouter. Ils nous regardérent comme des es-claves dont les Phéniciens trafiquoient, & ils ne songérent qu'auprofit d'une telle prise. Deja nous remarquons les eaux de la merqui blanchissent par le mêlange de celles du Nil, & nous voyonsla côte d'Egypte presqu'aussi basse que la mer. Ensuite nous arri-vons à l'Isle de Pharos, voisine de la ville de No. De-là nous re-montons le Nil jusqu'à Memphis.Si la douleur de notre captivité ne nous eût rendus insensibles àtous les plaisirs, nos yeux auroient été charmez de voir cette fertileterre d'Egypte semblable à un jardin délicieux arrosé d'un nombreinfini de canaux. Nous ne pouvions jetter les yeux sur les deux ri-vages, sans appercevoir des villes opulentes, des maisons de campa-gne agréablement situées, des terres qui se couvroient tous les ansd'une moisson dorée sans se reposer jamais, des prairies pleines detroupeaux, des Laboureurs qui étoient accablez sous le poids desfruits que la terre épanchoit de son sein ; des Bergers qui faisoientrépéter les doux sons de leurs flutes & de leurs chalumeaux à tousles Echos d'alentour.Heureux, disoit Mentor, le peuple qui est conduit par un sageRoi ! il est dans l'abondance, il vit heureux, & aime celui à quiil doit tout son bonheur. C'est ainsi, ajoutoit-il, ô Télémaque,que vous devez régner, & faire la joie de vos peuples, si jamais lesDieux
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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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