Quatriémeobjectioncontre leTéléma-que.Reponse.Cinqui meobjectioncontre leTelémaREPONSE.
DISCOURS SURXXVIprofondeur, pour l'empêcher d'y tomber, & l'éloigner même des bords d'unprécipice si affreux. C'étoit donc une sagesse digne de notre Auteur, de pré-cautionner son Elève contre les folles Passions de la jeunesse par la Fable de Ca-lypso; & de lui donner dans l'Histoire d'Antiope, l'exemple d'un Amour chaste& légitime. En nous représentant ainsi cette Passion, tantôt comme une Foiblesseindigne d'un grand cœur, tantôt comme une Vertu digne d'un Héros, il nousmontre que l'Amour n'est pas au-dessous de la majesté de l'Epopée; & réunitépar-là dans son Poëme les Passions tendres des Romans modernes, avec les Vertushéroïques de la Poësie ancienne.Quelques-uns croyent que l'Auteur du Télémaque épuise trop son sujet, parl'abondance & la richesse de son génie. Il dit tout, & ne laisse rien à penseraux autres. Comme Homére, il met la Nature toute entiére devant les yeux.On aime mieux un Auteur, qui comme Horace renferme un grand sens en peude mots, & donne le plaisir d'en déveloper l'étenduë.Il est vrai que l'Imagination ne peut rien ajoûter aux peintures de notre Poë-te : mais l'esprit en suivant ses idées, s'ouvre, & s'étend. Quand il s'agitseulement de peindre, ses Tableaux sont parfaits, rien n'y manque. Quand ilfaut instruire, ses lumiéres sont fécondes, & nous y dévelopons une vaste éten-duë de pensées. Il ne laisse rien à imaginer, mais il donne infiniment à penser.C'est ce qui convenoit au caractére du Prince pour qui seul l'Ouvrage a été fait.On démêloit en lui au travers de l'enfance, une imagination féconde & heureuse,un génie élevé & étendu, qui le rendoient sensible aux beaux endroits d'Homé-re & de Virgile. Ce fut ce qui inspira à l'Auteur le dessein d'un Poëme quirenfermeroit également les beautez de l'un & de l'autre Poëte. Cette affluencede belles images étoit nécessaire, pour occuper l'imagination, & former le goûtdu Prince. On voit assez que ces beautez n'auroient pas plus coûté à suppri-mer qu'à produire ; qu'elles coulent avec autant de dessein que d'abondance,pour répondre aux besoins du Prince & aux vuës de l'Auteur.On a objecté, que le Héros & la Fable de ce Poëme n'ont point de rapportà la Nation Françoise: Homére & Virgile ont intéressé les Grecs & les Ro-mains, en choisissant des actions & des Acteurs dans les Histoires de leursPaïsSi l'Auteur n'a pas intéressé particuliérement la Nation Françoise, il a faitplus, il a intéressé tout le Genre-humain. Son plan est encore plus vaste quecelui de l'un & de l'autre des deux Poëtes anciens. Il est plus grand d'instrui-re tous les Hommes ensemble, que de borner ses préceptes à un Païs particulier.L'Amour-propre veut qu'on rapporte tout à soi, & se trouve même dans l'a-mour de la Patrie. Mais une ame généreuse doit avoir des vuës plus étenduës.D'ailleurs, quel intérêt la France n'a-t-elle point pris à un Ouvrage, qui luiavoit formé un Prince si propre à la gouverner un jour selon ses besoins & ses dé-sirs, en Pére des Peuples & en Héros Chrétien? Ce qu'on a vu de ce Prince,donnoit l'espérance & les prémices de cet Avenir; les Voisins de la Franceprenoient déja part, comme à un bonheur universel. La Fable du Prince Grecdevenoit l'Histoire du Prince François.L'Auteur avoit un dessein plus grand que celui de plaire à sa Nation; il vou-loit la servir à son insu, en contribuant à lui former un Prince qui jusques dansles jeux de son enfance paroissoit né pour la combler de bonheur & de gloire.Cet auguste Enfant aimoit les Fables & la Mythologie; il faloit profiter deson gout, lui faire voir dans ce qu'il estimoit le Solide & le Beau, le Simple