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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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XXVLE POEME EPIQUE.usoient des inverbions de phrases; leurs mots n'avoient point de place fixe, ilsles arrangeoient comme ils vouloient. Les Langues de l'Europe sont un com-posé du Latin, & des Jargons de toutes les Nations barbares qui renversérentl'Empire Romain. Ces Peuples du Nord glaçoient tout, comme leur climat,par une froide régularité de Syntaxe. Ils ne comprenoient point cette belle va-riété de longues & de breves, qui imite si bien les mouvemens délicats de l'a-me. Ils prononçoient tout avec le même froid, & ne connurent d'abord d'au-tre harmonie dans les paroles, qu'un vain tintement de finales monotones. Quel-ques Italiens, quelques Espagnols ont tâché d'affranchir leur Versification de lagêne des rimes. Un Poëte Anglois y a réussi merveilleusement, & a commen- même avec succès d'introduire les inverbions de phrases dans sa Langue. Peut-être que les François reprendront un jour cette noble liberté des Grecs & desRomains.Quelques-uns, par une ignorance grossiére de la noble liberté du Poëme Epi- Secondeobjectionque, ont reproché au Télémaque qu'il est plein d'Anachronismes.contre leL'Auteur de ce Poëme n'a fait qu'imiter le Prince des Poëtes Latins, quiTéléma-ne pouvoit ignorer que Didon n'étoit pas contemporaine d'Enée. Le Pygmalion quedu Télémaque frére de cette Didon; Sésostris qu'on dit avoir vêcu vers le mê-me tems, &c. ne sont pas plus des fautes que l'Anachronisme de Virgile. Pour-quoi condamner un Poëte de manquer quelquefois à l'ordre des tems, puisquec'est une beauté de manquer quelquefois à l'ordre de la Nature ? Il ne seroit paspermis de contredire un point d'Histoire d'un tems peu éloigné : mais dans l'Anti-quité reculée dont les Annales sont si incertaines & envelopées de tant d'obscu-ritez, il est permis d'accommoder les Traditions anciennes à son sujet. C'estl'idée d'Aristote, confirmée par Horace. Quelques Historiens ont écrit que Di-don étoit chaste ; Pénélope impudique ; qu'Héléne n'a jamais vu Troye, niEnée l'Italie. Homére & Virgile n'ont pas fait difficulté de s'écarter de l'His-toire, pour rendre leurs Fables plus instructives. Pourquoi ne sera-t-il pas per-mis à l'Auteur du Telemaque, pour l'instruction d'un jeune Prince, de ras-sembler les Héros de l'Antiquité, Télémaque, Sésostris, Nestor, Idoménée,Pygmalion, Adraste, pour unir dans un même Tableau les différens Caractéresdes Princes bons & mauvais, dont il faloit imiter les Vertus, & éviter lesVicesOn trouve à redire que l'Auteur du Télémaque ait inséré l'Histoire des A- Troisiémemours de Calypso & d'Eucharis dans son Poëme, & plusieurs Descriptions Ojectionscontre lesemblables, qui paroissent (dit-on) trop passionnées.Teléma-La meilleure Réponse à cette Objection est l'effet qu'avoit produit le Télémaque.que dans le cœur du Prince pour qui il avoit été écrit. Les personnes d'unREPONSEcondition commune n'ont pas le même besoin d'être précautionnées contre lesécueils, auxquels l'élévation & l'autorité exposent ceux qui sont destinez à ré-gner. Si notre Poëte avoit écrit pour un homme qui eût passer sa vie dansl'obscurité, ces Descriptions lui auroient été moins nécessaires. Mais pourun jeune Prince, au milieu d'une Cour la galanterie passe pour politesse,ou chaque objet réveille infailliblement le goût des plaisirs, & tout ce quil'environne, n'est occupé qu'à le séduire; pour un tel Prince, dis-je, rien n'étoitplus nécessaire que de lui représenter avec cette aimable pudeur, cette innocence& cette sagesse qu'on trouve dans le Télémaque, tous les détours séduisans de l'A-mour insensé ; que de lui peindre ce Vice dans son beau imaginaire, pour lui fai-re sentir ensuite sa difformité réelle; & que de lui montrer l'abîme dans toute sapro-