Prémiéroobjectioncontre leTéléma-Reponse.
DISCOURS SURXIVphe ; il fait aimer la Vérité prouvée, par les sentimens qu'il excite. Tout est so-lide, vrai, convenable à la persuasion; ni jeux d'esprit, ni pensées brillantesqui n'ont d'autre but que de faire admirer l'Auteur. Il a suivi ce grand pré-cepte de Platon, qui dit qu'en écrivant on doit toujours se cacher, disparoî-tre, se faire oublier, pour ne produire que les Véritez qu'on veut persuader, &les Paſſions qu'on veut purifier.Dans le Telémaque, tout est raison, tout est sentiment. C'est ce qui le rend unPoëme de toutes les Nations, & de tous les Siécles. Tous les Etrangers ensont également touchez. Les Traductions qu'on en a faites en des Langues moinsdélicates que la Langue Françoise, n'effacent point ces beautez originales. Lasavante Apologiste d'Homére nous assure que le Poëte Grec perd infiniment parune Traduction; qu'il n'est pas possible d'y faire passer la force, la noblesse,& l'ame de sa Poësie. Mais on ose dire que le Télémaque conservera toujours entoutes sortes de Langues, sa force, sa noblesse, son ame & ses beautez essentiel-les. C'est que l'excellence de ce Poëme ne consiste pas dans l'arrangement heu-reux & harmonieux des paroles, ni même dans les agrémens que lui prête l'I-magination ; mais dans un goût sublime de la Vérité, dans des sentimens nobles& élevez, & dans la maniére naturelle, délicate & judicieuse de les traiter.De pareilles beautez sont de toutes les Langues, de tous les tems, de tous lesPaïs, & touchent également les bons esprits, & les grandes ames, dans toutl'Univers.On a formé plusieurs Objections contre le Télémaque. 1°. Qu'il n'est pasen Vers.La Versification, selon Aristote, Denys d'Halicarnasse, & Strabon, n'est pasessentielle à l'Epopée. On peut l'écrire en Prose, comme on écrit des Tragédiessans rimes. On peut faire des Vers sans Poësie, & être tout poëtique sans fairedes Vers par art : mais il faut naître Poëte. Ce qui fait la Poësie, n'est pas le nom-bre fixe & la cadence réglée des syllabes; mais le sentiment qui anime tout, la fic-tion vive, les figures hardies, la beauté & la variété des images. C'est l'Enthousias-me, le feu, l'impétuosité, la force ; un je ne sai quoi dans les paroles & lespensées, que la Nature seule peut donner. On trouve toutes ces qualitez dans leTélémaque. L'Auteur a donc fait ce que Strabon dit de Cadmus, Phéréci-de, Hécatée : Il a imité parfaitement la Poësie, en rompant seulement la mesure,mais il a conservé toutes les autres beautés poëtiques.Notre Age retrouve un HoméreDans ce Poëme salutairePar la Vertu même inventé;Les Nymphes de la double CimeNe l'affranchirent de la Rime,Qu'en faveur de la Vérité. (4)De plus, je ne sai si la gêne des rimes & la régularité scrupuleuse de notreconstruction Européenne, jointe à ce nombre fixe & mesuré de pieds, ne di-minueroient pas beaucoup l'essor & la passion de la Poësie héroïque. Pour bienémouvoir les Passions, on doit souvent retrancher l'ordre & la liaison. Voilàpourquoi les Grecs & les Romains, qui peignoient tout avec vivacité & goût,usoient(a) Ode à Messieurs de l'Académie, par M. de la Motte. Prémiére Ode