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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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LE POEME EPIQUE.XIIIsir un Roi qui surpasse tous les autres par la force de l'esprit & du corps, &qui soit également capable de soutenir les fatigues de l'un & de l'autre. S'ilnous représente les horreurs d'un Naufrage, c'est pour inspirer à son Héros I.fermeté de cœur, & l'abandon aux Dieux, dans les plus grands périls. Je pour-rois parcourir toutes ces Descriptions, & y trouver de semblables beautés. Jeme contenterai de remarquer, que dans cette nouvelle Edition, la sculpture de laredoutable Egide que Minerve envoya à Télémaque, est pleine d'art, & ren-ferme cette Morale sublime : Que le bouclier d'un Prince & le soutien d'unEtat, sont les bonnes Mœurs, les Sciences & l'Agriculture: Qu'un Roi armépar la sagesse cherche toujours la paix, & trouve des ressources fécondes contretous les maux de la guerre, dans un Peuple instruit & laborieux, dont l'es-prit & le corps sont également accoutumez au travail.La Poësie tire sa force & sa justesse de la Philosophie. Dans le Télémaque, Philoso-on voit par-tout une imagination riche, vive, agreable; & néanmoins un es-phie du Té-prit juste & profond. Ces deux qualitez se rencontrent rarement dans un lemaqueAuteur. Il faut que l'Ame soit dans un mouvement presque continuel, pourinventer, pour passionner, pour imiter; & en même tems dans une tranquilli- parfaite, pour juger en produisant, & choisir, entre mille pensées qui se pré-sentent, celle qui convient. Il faut que l'Imagination souffre une espéce detransport & d'enthousiasme; pendant que l'Esprit, paisible dans son empire, laretient & la tourne il veut. Sans cette Passion qui anime tout, les discoursdeviennent froids, languissans, abstraits, historiques. Sans ce Jugement quirégle tout, ils sont sans justesse & sans vraye beauté.Le feu d'Homére, sur-tout dans l'Iliade, est impétueux & ardent comme Comparai-un tourbillon de slâme, qui embrase tout. Le feu de Virgile a plus de clarté son de laque de chaleur, il luit toujours uniment & également. Celui du Télémaque é- Poësie duchauffe & éclaire tout ensemble, selon qu'il faut persuader, ou passionner. TelémaqueQuand cette flame éclaire, elle fait sentir une douce chaleur, qui n'incommo-mére &de point. Tels sont les discours de Mector sur la Politique, & de Télémaque Virgile.sur le sens des Loix de Minos, &c. Ces idées pures remplissent l'Esprit de leurpaisible lumiére. l'Enthousiasme & le feu poëtique seroient nuisibles, com-me les rayons trop ardens du Soleil qui éblouïssent. Quand il n'est plus ques-tion de raisonner, mais d'agir; quand on a vu clairement la Vérité, quand lesréflexions ne viennent que d'irrésolution, alors le Poëte excite un feu & unepassion qui détermine, & qui emporte une Ame affoiblie, qui n'a pas le cou-rage de se rendre à la Vérité. L'Épisode des Amours de Télémaque dans l'Islede Calypso, est plein de ce feu.Ce mêlange de lumiére & d'ardeur, distingue notre Poëte, d'Homére & deVirgile. L'Enthousiasme du premier lui fait quelquefois oublier l'Art, négli-ger l'Ordre, & passer les bornes de la Nature. C'étoit la force & l'essor de songrand génie, qui l'entraînoit malgré lui. La pompeuse magnificence, le jugement& la conduite de Virgile, dégénerent quelquefois en une régularité trop compas-sée, il semble plutôt Historien que Poëte. Ce dernier plaît beaucoup plusaux Poëtes Philosophes & modernes, que le prémier. N'est-ce pas qu'ils sen-tent qu'on peut imiter plus facilement par Art le grand jugement du Poëte La-tin, que le beau feu du Poëte Grec, que la Nature seule peut donnerNotre Auteur doit plaire à toutes sortes de Poëtes, tant à ceux qui sont Phi-losophes, qu'à ceux qui n'admirent que l'Enthousiasme. Il a uni les lumiéresde l'Esprit avec les charmes de l'Imagination. Il prouve la Vérité en Philoso-phe,