DISCOURS SURXIIprudence jointe avec la valeur. Dans l'Enéide on dépeint les actions d'un Hé-ros pieux & vaillant. Mais toutes ces Vertus particulières ne font pas le bon-heur du Genre-humain. Telémaque va bien au-delà de tous ces plans, par lagrandeur, le nombre & l'étenduë de ses Vuës morales; de sorte qu'on peut* L'Abbédire avec le Philosophe critique d'Homére : * Le don le plus utile que les Mu-Terrassonses ayent fait aux Hommes, c'est le Télémaque; car si le bonheur du Genre-humainpouvoit naître d'un Poëme, il naîtroit de celui-là.DE LA POESIE.C'est une belle remarque du Chevalier Temple, que la Poësie doit réunirce que la Musique, la Peinture, & l'Eloquence ont de force & de beauté.Mais comme la Poësie ne différe de l'Eloquence, qu'en ce qu'elle peint avecenthousiasme ; on aime mieux dire que la Poësie emprunte son harmonie de laMusique, sa passion de la Peinture, sa force & sa justesse de la PhilosophieLe Stile du Télémaque est poli, net, coulant, magnifique; il a toute la ri-L'Harmonie du Stile chesse d'Homére, sans avoir son abondance de paroles. Il ne tombe jamais dansdans le Té- les redites; quand il parle des mêmes choses, il ne rappelle point les mêmeslémaque.images. Toutes ses periodes remplissent l'oreille par leur nombre & leur caden-ce : rien ne choque, point de mots durs, point de termes abstraits, ni detours affectez. Il ne parle jamais pour parler, ni simplement pour plaire : tou-tes ses paroles font penser, & toutes ses pensées tendent à nous rendre bons.ExcellenceLes Images de notre Poëte sont aussi parfaites, que son Stile est harmonieux.des Peintrres du Té-Peindre, c'est non-seulement décrire les choses, mais en représenter les circons-tances, d'une maniére si vive & si touchante, qu'on s'imagine les voir. L'Au-lemaqueteur du Télémaque peint les Passions avec art : il avoit étudié le cœur de l'Hom-me, & en connoissoit tous les ressorts. En lisant son Poëme, on ne voit plusque ce qu'il fait voir ; on n'entend plus que ceux qu'il fait parler : il échauf-fe, il remuë, il entraîne ; on sent toutes les Passions qu'il décrit.Les Poëtes se servent ordinairement de deux sortes de peintures, les Compa-Des Com-paraisonsraisons & les Descriptions. Les Comparaisons du Télémaque sont justes & no-& Descripbles. L'Auteur n'éléve pas trop l'esprit au-dessus de son sujet par des métapho-tions dures outrées ; il ne l'embarrasse pas non plus par une trop grande foule d'images.Téléma-Il a imité tout ce qu'il y a de grand & de beau dans les Descriptions des Anciens,les Combats, les Jeux, les Naufrages, les Sacrifices, &c. sans s'étendre sur lesminuties qui font languir la narration, sans rabaisser la majesté du Poëme Epiquepar la description des choses basses & au-dessous de la dignité de l'Ouvrage. Il des-cend quelquefois dans le détail : mais il ne dit rien qui ne mérite attention, & quine contribuë à l'idée qu'il veut donner. Il suit la Nature dans toutes ses variétez.Il savoit bien que tout discours doit avoir ses inégalitez; tantôt sublime, sansêtre guindé ; tantôt naïf, sans être bas. C'est un faux goût, de vouloir tou-jours embellir. Ses Descriptions sont magnifiques, mais naturelles, simples, & ce-pendant agréables. Il peint non-seulement d'après nature, mais ses Tableaux sonttoujours aimables. Il unit ensemble la vérité du Dessein, & la beauté du Colorisla vivacité d'Homére, & la noblesse de Virgile. Ce n'est pas tout: les Des-criptions de ce Poëme sont non-seulement destinées à plaire, mais elles sont tou-tes instructives. Si l'Auteur parle de la Vie Pastorale, c'est pour recommander l'ai-mable Simplicité des Mœurs. S'il décrit des Jeux & des Combats, ce n'est passeulement pour célébrer les funérailles d'un Ami ou d'un Pére, c'est pour choi-
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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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XII
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