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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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XI
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LE POEME EPIQUE.Particuliers de chaque Etat. Notre Auteur nous montre encore, que la gloire dela Royauté est de gouverner les Hommes pour les rendre bons & heureux : quel'autorité du Prince n'est jamais mieux affermie, que lorsqu'elle est appuyée surl'amour des Peuples; & que la véritable richesse de l'Etat consiste à retranchertous les faux besoins de la vie, pour se contenter du nécessaire, & des plaisirssimples & innocens. Par-, il fait voir que la Vertu contribuë non-seulementà préparer l'Homme pour une félicité future, mais qu'elle rend la Société ac-tuellement heureuse dans cette vie, autant qu'elle le peut être.2°. La Morale du Télémaque est noble dans ses Motifs. Son grand Principe est, 2°. La Mo-qu'il faut préférer l'amour du beau, à l'amour du plaisir, comme disent So-rale du Té-lémaque estcrate & Platon : l'honnête à l'arréable, selon l'expression de Cicéron. Voilà la noble danssource des sentimens nobles, de la grandeur d'ame, & de toutes les Vertus- ses Motifsroïques. C'est par ces idées pures & élevées, qu'il détruit d'une maniére infi-niment plus touchante que par la dispute, la fausse Philosophie de ceux qui fontdu plaisir le seul ressort du cœur humain. Notre Poëte montre par la belle Mo-rale qu'il met dans la bouche de ses Héros, & les actions génereuses qu'il leurfait faire, ce que peut l'amour pur de la Vertu sur un cœur noble. Je sai quecette Vertu héroïque passe parmi les ames vulgaires pour un fantôme, & queles gens d'imagination se sont déchainez contre cette Vérité sublime & solide parplusieurs pointes d'esprit frivoles & méprisables. C'est que ne trouvant rien au-dedans d'eux qui soit comparable à ces grands sentimens, ils concluënt que l'Hu-manité en est incapable. Ce sont des Nains, qui jugent de la force des Géantspar la leur. Les esprits qui rampent sans cesse dans les bornes de l'Amour-propre,ne comprendront jamais le pouvoir & l'étenduë d'une Vertu qui éléve l'Homme au-dessus de lui-même. Quelques Philosophes, qui ont fait d'ailleurs de belles dé-couvertes dans la Philosophie, se sont laissez entraîner par leurs préjugez, jusqu'àne point distinguer assez entre l'amour de l'Ordre, & l'amour du Plaisir, & à nierque la volonte puisse être remuée aussi fortement par la vuë claire de la Vérité,que par le goût naturel du PlaisirOn ne peut lire attentivement Télémaque, sans revenir de ces préjugez. L'ony voit les sentimens généreux d'une ame noble qui ne conçoit rien que de grandd'un cœur désintéressé qui s'oublie sans cesse ; d'un Philosophe qui ne se borneni à soi, ni à sa Nation, ni à rien de particulier; mais qui rapporte tout au biencommun du Genre-humain, & tout le Genre-humain à l'Etre suprême.3e. La Morale du Télémaque est universelle dans ses Usages, étenduë, fécon- 3o. La Mo-de, proportionnée à tous les tems, à toutes les Nations, & à toutes les con- rale du Té-lemaque estditions. On y apprend les devoirs d'un Prince, qui est tout ensemble, RoiuniverielleGuerrier, Philosophe, & Législateur. On y voit l'art de conduire des Na- dans ses U-tions différentes, la maniére de conserver la paix au dehors avec ses voisins, & sagescependant d'avoir toujours au-dedans du Royaume une Jeunesse aguerrie prête àle défendre; d'enrichir ses Etats, sans tomber dans le luxe; de trouver le milieuentre les excès d'un Pouvoir despotique, & les désordres de l'Anarchie. Ony donne des préceptes pour l'Agriculture, pour le Commerce, pour les Arts,pour la Police, pour l'Education des Enfans. Notre Auteur fait entrer dans sonPoëme non seulement les Vertus héroïques & royales, mais celles qui sont pro-pres à toutes sortes de conditions. En formant le cœur de son Prince, il n'in-struit pas moins chaque Particulier de ses devoirs.L'Iliade a pour but de montrer les funestes suites de la désunion parmi lesChefs d'une Armée. L'Odyssée nous fait voir ce que peut dans un Roi lapru-