DISCOURS SURMorale d'Homére avec les Moeurs de Virgile. Sa Morale a cependant troistructionmorales.qualitez, qui ne se trouvent au même degré dans aucun des Anciens, soit Poë-tes, soit Philosophes. Elle est sublime dans ses Principes, noble dans ses Mo-tifs, universelle dans ses Usages.Qualitez de 1. Sublime dans ses Principes. Elle vient d'une profonde connoissance dela Moralel'Homme : on l'introduit dans son propre fonds ; on lui dévelope les ressorts se-du Télémcrets de ses Passions, les replis cachez de son Amour-propre, la différence desque.Vertus fausses d'avec les solides. De la connoissance de l'Homme, on remonte à1. Elle elcelle de Dieu même. L'on fait sentir par-tout, que l'Etre infini agit sans cessesublimedans seen nous pour nous rendre bons & heureux ; Qu'il est la source immédiate dePrincipes.toutes nos Lumiéres, & de toutes nos Vertus; Que nous ne tenons pas moinsde lui la Raison, que la Vie; Que sa Vérité souveraine doit être notre unique lu-miére, & sa Volonté suprême régler tous nos amours; Que faute de consultercette Sagesse universelle & immuable, l'Homme ne voit que des fantômes sé-duisans ; faute de l'écouter, il n'entend que le bruit confus de ses PassionsQue les solides Vertus ne nous viennent que comme quelque chose d'étrangerqui est mis en nous; qu'elles ne sont pas les effets de nos propres efforts,mais l'ouvrage d'une Puissance supérieure à l'Homme, qui agit en nous quandnous n'y mettons point d'obstacle, & dont nous ne distinguons pas toujoursl'action, à cause de sa délicatesse. L'on nous montre enfin, que sans cette Puis-sance prémiére & souveraine, qui élève l'Homme au-dessus de lui-même, lesVertus les plus brillantes ne sont que des raffinemens d'un Amour-propre, qui serenferme en soi-même, se rend sa Divinité, & devient en même tems & l'I-dolâtre & l'Idole. Rien n'est plus admirable que le Portrait de ce Philosopheque Télémaque voit aux Enfers, & dont tout le crime étoit d'avoir été amou-reux de sa propre Vertu.C'est ainsi que la Morale de notre Auteur tend à nous faire oublier nous-mêmes, pour tout rapporter à l'Etre souverain, & nous en rendre les adora-teurs : comme le but de sa Politique est de nous faire préférer le Bien-publicau Bien-particulier, & de nous faire aimer le Genre-humain. On sait les systê-mes de Machiavel, d'Hobbes, & de deux Auteurs plus modérez, Puffendorf,& Grotius. Les deux prémiers établissent pour seules maximes dans l'Art degouverner, la finesse, les artifices, les stratagêmes, le despotisme, l'injustice & l'ir-religion. Les deux derniers Auteurs ne sondent leur Politique que sur des Maximesde Gouvernement qui même n'égalent ni celles de la République de Platon, nicelles des Offices de Cicéron. Il est vrai que ces deux Ecrivains modernes ont tra-vaille dans le dessein d'être utiles à la Société, & qu'ils ont rapporté presque toutau bonheur de l'Homme considéré selon le Civil. Mais l'Auteur du Télémaqueest original, en ce qu'il a uni la Politique la plus parfaite avec les idées de laVertu la plus consommée. Le grand principe sur lequel tout roule, est que leMonde entier n'est qu'une même République dont Dieu est le Pére commun,& chaque Peuple comme une grande Famille. De cette belle & lumineuse idéenaissent ce que les Politiques appellent les Loix de Nature, & des Nations, é-quitables, généreuses, pleines d'humanité. On ne regarde plus chaque Païscomme indépendant des autres ; mais le Genre-humain comme un Tout indivisi-ble. On ne se borne plus à l'amour de sa Patrie; le cœur s'étend, devientimmense, & par une amitié universelle embrasse tous les Hommes. De-là naissentl'amour des Etrangers, la confiance mutuelle entre les Nations voisines, la bon-ne-foi, la justice, & la paix parmi les Princes de l'Univers comme entre lesPar-
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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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