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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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LE POEME EPIQUE.prochent aux Anciens; il ne fait ni parler des Chevaux, ni marcher des Tré-pieds, ni travailler des Statuës. Ce n'est pas que ce Merveilleux choque la Rai-son, quand on suppose qu'il est l'effet d'une Puissance divine qui peut tout. Les 1' ActionAnciens ont introduit les Dieux dans leurs Poëmes, non-seulement pour éxé- doit êtrecuter par leur entremise de grands événemens, & unir la Vraisemblance & le merveilleu-Merveilleux ; mais pour apprendre aux Hommes, que les plus vaillans & les plus sesages ne peuvent rien sans le secours des Dieux. Dans notre Poëme, Miner-ve conduit sans cesse Télémaque. Par- le Poëte rend tout possible à sonHéros, & fait sentir que sans la Sagesse divine, l'Homme ne peut rien. Cen'est pas tout son art. Le sublime est d'avoir caché la Déesse sous uneforme humaine. C'est non-seulement le Vraisemblable, mais le Naturel qui s'u-nit ici au Merveilleux. Tout est divin, & tout paroît humain. Ce n'est pasencore tout : si Télémaque avoit su qu'il étoit conduit par une Divinité, sonmérite n'auroit pas été si grand, il en auroit été trop soutenu. Les Hérosd'Homére savent presque toujours ce que les Immortels font pour eux. No-tre Poëte, en dérobant à son Héros le merveilleux de la fiction, éxerce sa Ver-tu & son courageQuoique l'Action doive être vraisemblable, il n'est pas nécessaire qu'elle soitvraye. C'est que le but du Poëme Epique n'est pas de faire l'éloge ou la cri-tique d'aucun Homme en particulier, mais d'instruire & de plaire par le récitd'une Action qui laisse le Poëte en liberté de feindre des Caractéres, des Per-sonnages & des Episodes à son gré, propres à la Morale qu'il veut insinuer.La vérité de l'Action n'est pas contraire au Poëme Epique, pourvu qu'ellen'empêche point la variété des Caractéres, la beauté des Descriptions, l'enthou-siasme, le feu, l'invention & les autres parties de la Poësie; & pourvu quele Héros soit fait pour l'Action, & non pas l'Action pour le Héros. Onpeut faire un Poëme Epique d'une Action véritable, comme d'une Action fa-buleuse.La proximité des tems ne doit pas gêner un Poëte dans le choix de son Sujet,pourvu qu'il y supplée par la distance des Lieux, ou par des Evenemens proba-bles & naturels, dont le détail à pu échaper aux Historiens, & qu'on suppose nepouvoir être connus que des Personnages qui agissent. C'est ainsi qu'on peutfaire un Poëme Epique & une Fable excellente d'une Action de Henri IV oude Montezuma, parce que l'essentiel de l'Action Epique, comme dit le PéreLe Bossu, n'est pas qu'elle soit vraye ou fausse, mais qu'elle soit morale &qu'elle signifie des Véritez importantes.La Durée du Poëme Epique est plus longue que celle de la Tragédie. Dans De la duréel'un, on raconte le triomphe successif de la Vertu qui surmonte tout : dans l'au- du Poëmetre, on montre les maux inopinez que causent les Passions. L'Action de l'un doit Epiqueavoir par conséquent une plus grande étenduë que celle de l'autre. L'Epopéepeut renfermer les Actions de plusieurs années; mais, selon les Critiques, letems de l'Action principale depuis l'endroit le Poëte commence sa narration,ne peut être plus long qu'une année, comme le tems d'une Action Tragiquedoit être au plus d'un jour. Aristote & Horace n'en disent rien pourtant. Ho-mére & Virgile n'ont observé aucune régle fixe-dessus. L'Action de l'Iliadetoute entiére se passe en cinquante jours. Celle de l'Odyssée, depuis l'endroitle Poëte commence sa narration, n'est que d'environ deux mois. Celle de l'E-néïde est d'un an. Une seule Campagne suffit à Télémaque, depuis qu'il sortde l'Isle de Calypso, jusqu'à son retour en Ithaque. Notre Poëte a choisi lemilieu, entre l'impétuosité & la véhémence avec laquelle le Poëte Grec courtvers