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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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DISCOURS SURle Télémaque, c'est la haine de Vénus. Le Nœud de l'Odyssée est naturel, par-ce que naturellement il n'y a point d'obstacle qui soit plus à craindre pour ceuxqui vont sur Mer, que la Mer même (a). L'opposition de Junon dans l'Enéï-de, comme ennemie des Troyens, est une belle fiction. Mais la haine de Ve-nus contre un jeune Prince qui méprise la Volupté par amour de la Vertu, &dompte ses Passions par le secours de la Sagesse, est une Fable tirée de la Na-ture, qui renferme en même tems une Morale sublime.LeDénouë- Le Dénouëment doit être aussi naturel que le Nœud. Dans l'Odyssée, U-lysse arrive parmi les Phéaciens, leur raconte ses avantures; & ces Insulaires,mentamateurs du merveilleux & charmez de ses récits, lui fournissent un vaisseaupour retourner chez lui : le Dénouëment est simple & naturel. Dans l'Enéï-de, Turnus est le seul obstacle à l'établissement d'Enée. Ce Héros, pour é-pargner le sang de ses Troyens, & celui des Latins dont il sera bientôt Roi,vuide la querelle par un combat singulier (b). Ce Dénouëment est noble. Ce-lui du Télémaque est tout ensemble naturel & grand. Ce jeune Héros, pourobéïr aux ordres du Ciel, surmonte son amour pour Antiope, & son amitié pourIdoménée, qui lui offroit sa Couronne & sa Fille. Il sacrifie les passions lesplus vives, & les plaisirs même les plus innocens, au pur amour de la Vertu.Il s'embarque pour Ithaque sur des vaisseaux que lui fournit Idoménée, à quiil avoit rendu tant de services. Quand il est près de sa Patrie, Minerve le faitrelâcher dans une petite Isle déserte, elle se découvre à lui. Après l'avoiraccompagné à son insu au travers des Mers orageuses, des Terres inconnuës, desGuerres sanglantes, & de tous les maux qui peuvent éprouver le cœur de l'Hom-me, la Sagesse le conduit enfin dans un lieu solitaire. C'est qu'elle lui par-le, qu'elle lui annonce la fin de ses travaux, & sa destinée heureuse; puis el-le le quitte. Si-tôt qu'il va rentrer dans le bonheur & le repos, la Divinité s'é-loigne, le Merveilleux cesse, l'Action héroïque finit. C'est dans la souffranceque l'Homme se montre Héros, & qu'il a besoin d'un appui tout divin. Cen'est qu'après avoir souffert, qu'il est capable de marcher seul, de se conduirelui-même, & de gouverner les autres. Dans le Poëme de Télémaque, l'ob-servation des plus petites Régles de l'Art est accompagnée d'une profonde Mo-rale.Outre le Nœud & le Dénouëment général de l'Action principale, chaque Epi-Qualitezsode a son Nœud & son Dénouëment propre; ils doivent avoir toutes les mê-genéralesdu Nœud & mes conditions. Dans l'Epopée, on ne cherche point les intrigues surprenan-du Dénouétes des Romans modernes : la surprise seule ne produit qu'une passion très-ment duimparfaite & passagere. Le sublime est d'imiter la simple Nature, préparer lesPoëme E-événemens d'une maniére si délicate qu'on ne les prévoye pas, les conduire a-pique.vec tant d'art que tout paroisse naturel. On n'est point inquiet, suspendu,détourné du but principal de la Poësie héroïque, qui est l'Instruction, pours'occuper d'un Dénouëment fabuleux, & d'une Intrigue imaginaire : cela estbon, quand le seul dessein est d'amuser. Mais dans un Poëme Epique, quiest une espéce de Philosophie morale, ces Intrigues sont des jeux d'esprit audessous de sa gravité & de sa noblesse.Si l'Auteur du Télémaque a évité les Intrigues des Romans moder-nes, il ne s'est pas jetté non plus dans le Merveilleux que quelques-uns re-pro-(a) Voyez le Pére Le Bossu, Liv. II. chap. 13.(b) Ibidem