TRACÉ DES JARDINS IRRÉGULIERS.
LVII
les styles. Le jardin est une œuvre d'art, où la sculpture et l'architecture ont leur place marquée ; elles le complètent en yajoutant un cachet de noblesse et de majesté.
Dans ces dernières années, on a imaginé de former des corbeilles de fleurs ou d'arbustes d'une môme espèce. Ce modede procéder est infiniment préférable à l'emploi des plantes de couleurs variées, mélangées autrefois dans les plates-bandes oudans les corbeilles. La dissémination amenait une sorte de confusion; et les fleurs du plus riche coloris, les plantes les plusremarquables, étaient perdues dans un fouillis de tons et de formes qui en détruisaient tout l'effet. Les corbeilles, composéesd'une ou de deux espèces de plantes relevées par des bordures, tantôt de verdure sombre ou colorée, tantôt de fleurscontrastant avec celles qui occupent le centre, produisent le meilleur effet. Ces beaux bouquets se détachent sur le vertdu gazon avec un grand éclat. On compose aussi des corbeilles avec des plantes à grand feuillage, telles que les Wigandia,les Erythrina, les Acanthes, les Bégonias, les Calladium, les Canna. Ces plantes sont plus belles à voir ainsi groupées, quelorsqu'elles sont isolées sur les pelouses (voir Pages 57 à 64, 125 à 148, et Fig. 1C>4 à 207).
Fig. 105*. — Jardin de San Carlo, près Monaco.
Nous avons déjà signalé les bordures de fleurs placées autour des massifs d'arbustes. Ces collerettes fleuries, qui rendentsi brillantes les plantations des Champs-Elysées, du Parc Monceaux et des Squares de Paris, masquent ingénieusement le raccord dugazon et des arbres. Dans un jardin particulier on peut aussi les employer, mais seulement sur les pelouses qui avoisinent l'habitation.
Ces bordures sont quelquefois composées de plusieurs sortes de plantes, disposées en zones parallèles. Chacune desbandes doit avoir 30 à 40 centimètres de largeur environ. Une largeur trop réduite ne produit pas un bon effet. Il vautmieux, si la bordure n'est pas très-large, n'employer qu'une seule espèce de fleurs.
Quant aux corbeilles, on ne peut en réduire la dimension au-dessous de 2 mètres, pour le diamètre d'une corbeillecirculaire, ou le petit diamètre d'une corbeille elliptique. Les formes circulaire et elliptique sont préférables à toutes lesautres, et surtout la forme elliptique : d'abord parce qu'elles s'adaptent bien au renflement du sol qui supporte les corbeilles,et au mouvement circulaire des allées; et, en second lieu, parce que le groupement des fleurs se fait plus naturellementdans un périmètre arrondi. Les formes tourmentées ne présentent aucun avantage, et sont difficiles à comprendre; les plussimples sont toujours les plus agréables, quand elles servent de cadre à de menus objets, comme les plantes. Cette remarquedoit ôtre appliquée également aux plantations des massifs, et en général à toutes les compositions artistiques.
Enfin, un autre gracieux ornement des pelouses consiste à y placer des plantes d'un port remarquable, telles que lesMusa, les Bambous, les Gynerium et autres plantes exotiques, que l'on y distribue isolément. Il faut toutefois varier les espèces,les grouper, les mettre à distance, et les entretenir avec tous les soins que réclame celte aristocratie végétale (voir Pages 57 à64, 125 à 148, et Fig. 164 à 207.)
En somme, les fleurs, qu'elles soient employées en bordures ou en corbeilles, forment un des principaux ornements desjardins pittoresques.
Le terrain étant nivelé, les plantations distribuées, il reste à tracer les allées. C'est la dernière opération, au point de vuede l'étude; car c'est le moindre détail du paysage, un accessoire tout à fait subordonné au reste de la composition. L'alléen'est qu'un itinéraire. Elle permet de se transporter d'un point à un autre, en suivant la direction la plus commode et laplus agréable; elle n'ajoute aucun charme au tableau, et lui nuit le plus souvent; aussi doit-elle être complètement effacée
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