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LIV
INTRODUCTION.
s'étalent sur ces riantes pelouses. Ce sont tous ces soins qui donnent au jardin un aspect attrayant. Si l'on abandonnait cepaysage si coquet, il prendrait bientôt un air désolé; les essences vigoureuses étoufferaient celles qui sont délicates; l'air necirculant plus dans les masses de verdure, la végétation s'arrêterait dans les parties trop ombragées, et le tout prendrait unaspect de confusion repoussant. Il ne faut donc pas prendre pour modèle la nature simple, mais imaginer un arrangementagréable, artificiel, tout en ne s'éloignant du vrai qu'autant que les exigences de l'art le commandent.
Dans les parcs très-étendus, tels que ceux qui entourent les châteaux en Angleterre, les plantations se confondent peuà peu avec les terres cultivées; le parc n'a pour ainsi dire pas de limites. C'est par une progression insensible que l'onpasse du champ au parc, et du parc au jardin. Les parties extrêmes ne se composent que de groupes de grands arbres, disposés
Fig. 101*. — Regent's Park à Londres, exécuté par John Nash et Nesfield.
de distance en distance, et de taillis qui servent de retraite au gibier. Les larges allées sinueuses servent à la fois à lapromenade et aux transports agricoles. Ces créations ont toujours un aspect simple, mais distingué.
Des chevaux, des troupeaux de bœufs et de moulons paissent sur les pelouses, et donnent de la vie au paysage. Mômedans les parcs publics de Londres, on rencontre des troupeaux. A la campagne, cette coutume est très-bonne. Dans unjardin spacieux, il est agréable de rencontrer des cerfs, des zèbres, des gazelles, des hémiones, des cigognes. Ces charmantsanimaux, renfermés dans les parcs, s'apprivoisent facilement; un petit abreuvoir, un léger abri où ils peuvent se réfugier pendantle mauvais temps, suffisent à leur entrelien.
Dans un pays plat, le parc peut être à la fois boisé, ou traité en prairie. Si l'eau abonde, on doit l'employer largement. Si,au contraire, le sol est inégal, le paysage s'accommode de vallons ombreux et resserrés, où coulent des filets d'eau, où tombentdes cascades. Ici, les grands arbres encadrent des perspectives étendues, là, des retraites un peu sauvages. L'artiste doitadoucir ou accentuer la physionomie du paysage, mais sans trop s'écarter du ton local. C'est en somme la nature environnantequi doit imprimer aux parcs leur caractère. Il faut se tenir à égale distance du caprice, de la recherche puérile et de larusticité.
Dans un jardin, la nature, vue de près, doit ôtre cultivée avec recherche; et comme on y réunit une très-grande diversitéd'arbres et de plantes exotiques, comme on en fait une sorte de musée dans lequel il faut prodiguer à chaque espèce les soinsqui lui sont nécessaires, on est obligé de réaliser un ensemble un peu artificiel, dont l'agencement exige du tact et beaucoupde science. La nature y est comme revôtue d'art. Cependant c'est bien celte nature primitive et trouvée inculte qu'il fautembellir et faire valoir.
Les pièces d'eau et les rivières sont des accessoires indispensables à un grand jardin. Les sources naturelles, lorsqu'ellessont heureusement encadrées, forment un précieux motif de décoration. Les rivières doivent suivre les sinuosités des collines.Elles ornent aussi bien le fond des pelouses, où reluit le soleil, que les parties boisées du parc, plongées dans l'ombre. Lesrivières ne doivent pas être très-encaissées; et, dans le cas où l'on ne pourrait éviter cette disposition, il faudrait dégager