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Texte (1867)
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LIII
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W&KÊÊM

TRACÉ DES JARDINS IRREGULIERS.

LUI

des masses vertes. Ainsi, il est bon d'avoir tantôt des groupes d'arbres à feuillage très-épais, et tantôt des espèces à feuillageléger, laissant pénétrer la lumière. 11 faut même ménager ça et des clairières permettant aux rayons du soleil dedescendre jusqu'au sol. On peut faire des observations analogues au sujet de la coloration du feuillage.

Si l'on plantait une seule espèce, ou plusieurs espèces d'une nuance vert foncé, l'aspect de l'ensemble serait sombre.Si, au contraire, on groupait un trop grand nombre d'arbres à feuillage d'un vert pâle, comme des acacias, des saules, destrembles, l'effet serait fade et déplaisant. Il faut donc mélanger aussi les teintes, en faisant prédominer l'une d'elles. Lamasse doit être composée de nuances d'un vert, sinon semblable, du moins assez rapproebé pour faire des oppositions douces;puis, sur ce fond, on peut détacber, ça et, des groupes ayant des tons plus clairs ou plus sombres. Il faut encore observerla grandeur du feuillage; ce dernier détail permettant d'isoler plus complètement certains groupes, et d'approfondir les

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Fig. 100*. Parc de Birkenhead, près Liverpool, d'après le dessin de Paxton, exécuté par Ed. Kemp.

perspectives. C'est ainsi qu'en tenant compte de la taille, de la forme des arbres, de la couleur des feuilles et de leurdimension, on peut, dans un espace de moyenne étendue, figurer plusieurs plans 1 , qui mouvementent les vues et leur donnentde la variété et de l'éclat.

Quand nous disons qu'un jardin doit conserver l'aspect de la nature, il ne faut pas croire qu'il s'agit d'une copie exacte deschoses qui nous entourent. Un jardin est une œuvre d'art. Il y a autant d'étude, d'arrangements, d'effets recherchés et obtenus artificiel-lement dans une composition pittoresque, que dans un tracé régulier; et quoique l'art ne s'y exprime pas de la même façon, le génie del'homme doit également s'y révéler. La nature fournit les grandes lignes; mais elle doit nécessairement subir certains accommodementsqui la contiennent et la modifient. On n'y arrange pas la végétation dans un ordre absolu, tel qu'elle apparaît dans la création; maisdans un ordre purement humain. On y produit des combinaisons diverses de formes, de couleurs, de lumières, uniquementpour le plaisir des yeux; comme on combine les sons dans un certain ordre, pour la satisfaction de l'oreille. Le jardin est unemélodie de formes et de couleurs. Ainsi, le contour des massifs est arrêté par des lignes correctes, plus ou moins sinueuses,ou se rapprochant des formes elliptiques; le gazon des pelouses s'arrête à ces lignes; et, quelquefois, dans la zone la plussoignée, on accompagne les massifs de collerettes de fleurs, d'un aspect très-riche. Ces massifs eux-mêmes sont entretenus ettaillés avec soin, sans modifier toutefois le port des arbres et des arbustes, mais en rectifiant les écarts de la végétation,en l'aérant pour lui donner plus de vigueur, pour obtenir des pousses plus jeunes et d'une verdure plus brillante. On y disposeles arbres de tous pays, dans un ordre harmonieux à l'œil. Les pelouses, semées de gazon fin, forment un tapis d'un vertégal et soyeux, qui rappelle la prairie sans la copier; des corbeilles de fleurs, aux couleurs éclatantes, arlistement disposées,

1. On appelle plan, dans un paysage, certaines zones dans le sens de la profondeur, les objets composant le tableau sont disposés par groupes etparaissent, relativement à leur éloignement du spectateur, plus petits et moins colorés. Ce sont ces gradations qui forment les fuites au théâtre. On y déter-mine les plans par une succession de décors qui, en se détachant l'un sur l'autre, produisent une illusion qui agrandit la scène. C'est un effet analogue quel'on peut réaliser en plantant avec méthode.