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JARDINS IRRÉGULIERS.
XXXI
nombre de jardins réguliers; mais c'étaient des imitations, et non des créations conformes au génie du pays. L'art diffère sui-vant les latitudes : à plus forte raison quand il s'agit d'une branche de l'art qui a pour but l'embellissement de la nature môme.Les jardins irréguliers se sont assez rapidement propagés en France. Le climat leur était favorable; mais ils ont eu àlutter contre l'art classique, qui s'accommode mal de leur voisinage. Rien n'était plus opposé aux idées des architectes desxvn e et XVIII 1, siècles que la composition d'un jardin pittoresque. Aussi ces jardins ne furent, au commencement, que des annexesdes jardins réguliers, comme celui du petit Trianon à Versailles (Fig. 61*.); ou bien ils n'accompagnèrent que des maisons decampagne, d'une étendue médiocre, lis ne prirent de l'importance qu'à l'époque où l'architecture fut modifiée, et perdit le caractèresévère et un peu compassé du xvn e siècle. Au xvm e siècle, tout en conservant encore les formes symétriques, l'architecture
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Fig. (31*. — Jardin de Trianon (d'après un Plan de Baltar).
1. Château.
2. Écuries.
3. Salon.
i. Salle de Concert.
5. Ménagerie.0. Jardinier.
7. Orangerie et serre.
8. Jeu de bagues.
9. Théâtre.
10. Rocher.
11. Belvédère.
12. Ruine.
13. Solitude.
14. Vacherie.
15. Hameau.
16. Temple.
luisant
grand
devient plus mouvementée; ses détails sont plus grêles; l'artiste recherche la grâce, la légèreté, et n'évite pas toujoursl'afféterie ni l'extravagance. Cet art a toutes les apparences d'un décor d'opéra, à ce point que l'on sculpte des draperies, desnuages et des rayons en forme de gloire. Cette fin de l'art classique a vu naître de charmantes compositions, pleines degrâce, de finesse et d'une harmonie de lignes et de coloris remarquables ; mais il faut y constater un certain amoindrissement,moins de noblesse. Cette nouvelle phase artistique favorisa les plantations irrégulières, au moins autant que la littératureet la peinture, presque entièrement consacrées aux Érotides, aux Idylles, aux Pastorales. Cette évolution singulière de l'artest très-intéressante à étudier. Ce culte rendu à la nature, ce mélange des sentiments élevés et des mœurs légères, cet abandondu style correct et pur pour des compositions spirituelles, mais légèrement tracées; ce besoin de s'affranchir des règles et dechercher des voies nouvelles, est ce qui caractérise le plus fortement cette époque, si pleine encore de sève et de force.
Les jardins irréguliers accompagnaient bien les compositions délicates de l'architecture du xvm e siècle, encore classiquedans son ensemble. Aussi l'on ne doit pas dire absolument que ces jardins ne peuvent s'harmoniser avec les productionsclassiques. Il suffit que celles-ci aient moins d'ampleur, et ne présentent plus ces longs développements de façade del'architecture du temps de Louis XIV; grandes ordonnances que l'on ne pouvait couper par des bouquets de verdure sansen amoindrir l'effet, sans en altérer les proportions. Il fallait, au contraire, en avant de ces masses, de larges espacesréservés, où elles pussent développer leurs lignes imposantes; et que les parties plantées raccordassent leurs perspectives àcelles de l'édifice. Ces dispositions spéciales ne sont pas possibles dans un tracé irrégulier. C'est la raison qui fera maintenir,sans les fusionner, ces deux styles de l'art des jardins.
En effet, il n'y a guère, dans les créations artistiques, d'opposition plus complète, au point de vue esthétique, que lesstyles des jardins réguliers et des jardins pittoresques. Ils n'ont rien de commun, ni dans l'ensemble ni dans les détails. L'emploides arbres, celui des fleurs, la disposition des pelouses, le tracé des allées, tout est inspiré par des considérations opposées.C'est pourquoi, chose à remarquer, l'étude de l'un ne pouvait nullement conduire à la conception de l'autre. Le jardin agreste n'est