VIII
INTRODUCTION,
mirent dans l'eau des lacs (Fig. 5* G*). Sur ces lacs glissent de charmantes barques ornées de banderoles. On franchit les rivières surdes ponts en bronze, en porcelaine, en bambou. Ces ponts offrent quelquefois des passages en zig-zag. Le tout a l'apect d'un charmantfouillis, frais, gracieux, gai, fleuri, et faux comme un travestissement.
Les Chinois ont la grande préoccupation du détail. On trouve dans leurs compositions toutes sortes d'intentions délicates,quelquefois très-heureuses; mais l'ensemble est mesquin. Ils pensent à la nature en composant; mais cette nature est si décorée,si enjolivée, qu'elle a un peu l'apparence d'une belle fille qui se vêtirait d'oripeaux baroques et trop voyants.
On a dit que les jardins chinois avaient servi de modèle aux jardins anglais. C'est une grave erreur. Les jardins chinois neressemblent pas plus à nos jardins modernes, que l'écriture de ces peuples, leur peinture, leur musique, ne ressemblent à notreécriture, à notre peinture et à notre musique. Cet art capricieux déconcerte nos idées correctes. 11 y a, si l'on veut, dans leursjardins, une certaine analogie avec les nôtres; mais l'idéal n'est pas le même. Nous ne connaissons rien d'intéressant à leuremprunter; car, plus qu'eux, nous avons le goût de la nature. Les auteurs des jardins chinois sont d'habiles artisans, mais•le médiocres artistes.
Jardin du Palais d'Été à Pékin.
VI. JARDINS ROMAINS. — Le style des jardins romains était celui de l'art grec. Cependant Tacite, décrivant les jardinsde Néron, qui contenaient des lacs et des champs de blé, semble avoir en vue des jardins d'un style irrégulier. Du moinson pourrait le supposer. Cette irrégularité, toutefois, n'était guère en harmonie avec l'art des Romains. Il est présumableque ces champs étaient contenus dans les périmètres formés par les grandes avenues droites ou circulaires; comme àVersailles (Fig. 10*, 78*), où l'on retrouve des champs et des paysages rustiques, dans l'enceinte du parc. Voici le passage de Tacite:
« Néron s'établit sur les ruines de sa patrie. Il y construisit un palais, moins étonnant encore par l'art et les pierreries, embellis-« sements ordinaires et depuis longtemps prodigués par le luxe, que parce qu'on y voyait des champs de blé et des lacs, des espèces de« solitudes avec des bois d'un côté, de l'autre des espaces découverts et des perspectives; le tout exécuté d'après les plans'de Sévérus et« de Celer, qui mettaient leur génie et leur ambition à vouloir obtenir, par l'art, ce que la nature s'obstinait à refuser, et qui se jouaient« des trésors du Prince. »
On appelait ce palais, le palais d'Or. A l'entrée du portique se dressait la statue en bronze de Néron, de cent vingt pieds dehauteur.
D'après celte description, on voit qu'il s'agissait d'une innovation. Cependant lcsjardins irréguliers ne pouvaient guère s'accorderavec le luxe turbulent et inouï réalisé dans la construction des palais. Ce qu'il fallait pour cadre à ces demeures splendides, c'étaient desavenues ornées de statues, des colonnes, des obélisques, des trophées, des portiques, des arcs de triomphe, des bassins de marbre, desvases précieux et des autels. Les beaux ombrages et les fleurs ne pouvaient suffire £à exprimer l'omnipotence impériale. 11 fallaitsurtout beaucoup de pompe et de richesse apparente.