VI
INTRODUCTION.
Dans les pays où la verdure est généralement d'un ton très-foncé, où la pureté de l'atmosphère prête aux objets un éclatet des contours d'une telle netteté que les détails sont visibles à une très-grande distance, la perspective aérienne, produite par ladégradation des Ions, est à peine sensible; par conséquent les effets à réaliser devaient différer de ceux que l'on recherche dans lesclimats du Nord.
Ainsi, les dessous de bois, les ombres tombant des voûtes élevées des grands arbres, les contrastes d'une lumière éblouis-sante éclatant brusquement à l'extrémité de parties ombrées, les rayons du soleil se jouant dans les branches, sur lesmarbres, dans les bassins, dans les gerbes d'eau jaillissante, les profils des coupoles blanches ou peintes, les flèches doréesscintillant au-dessus de la verdure sombre, dans le bleu intense du ciel, tandis qu'en bas les murs en stuc ou en marbresont noyés dans l'ombre que cette architecture fleurie semble éclairer, constituaient le décor principal des jardins orientaux. Il s'endégageait une poésie intime, douce , mais voilée, fermée comme le harem. Seulement ces méthodes, excellentes dans l'Orient, nepeuvent être copiées dans nos contrées où le ciel n'a pas le môme éclat, où les ombres sont molles, la verdure pâle, les horizonsgris, et où les habitudes sont plus expansives.
V. JARDINS CHINOIS. — Les jardins chinois peuvent être considérés, tout à la fois, comme des œuvres anciennesou comme des œuvres modernes. Leur style est en opposition avec celui qu'ont adopté les autres parties de l'Asie. En étudiantl'art chinois, on y reconnaît une originalité qui dénote une création typique fort ancienne, laquelle s'est développée sans se mélangerà rien d'étranger. On retrouve bien ci et là des empreintes du génie asiatique, à l'aspect des formes un peu grêles, à l'éclatdes peintures, à la recherche et au fini des détails; mais ce sont de vagues ressemblances. L'art chinois a un caractère particulier,
Fig. 3*. — Jardin japonais (d'après le dessin d'un peintre japonais).
dont les principes ne sont plus les mêmes que ceux des autres nations de l'Asie. Les causes de cette différence tiennent très-certainement au génie de la race. Il n'y a rien de commun, dès l'origine, entre la race jaune et les peuples Aryas habitantl'occident de l'Asie et l'Europe.
Si les productions de cette dernière race présentent quelque analogie avec certaines parties des ouvrages indiens, cesanalogies sont dues au climat. Mais les sensations, les idées, l'art, par conséquent, doivent être moins relevés chez la race chinoise,parce que ses facultés intellectuelles sont plus faibles que celles des Aryas.
L'art chinois doit-il être considéré comme en décadence, ou est-il en voie de progression? Il semble plutôt être arrivé àun état complet de développement, à une période stalionnaire, à la limite du possible, et sans vigueur pour aller au delà.
Sans doute, on remarque, dans les constructions de ce peuple, des détails qui paraissent incomplets, et qui semblent indi-quer que les formes n'ont pas atteint tout leur épanouissement virtuel. Ce n'est pas là une négligence que la réflexionou l'étude feront disparaître, mais l'expression d'une conception impuissante. En effet, à côté de ces négligences apparentes,de ces naïvetés enfantines, les procédés ont atteint un tel degré d'habileté, qu'il faut bien admettre une maturité de savoircorrespondant à un idéal du beau fort différent du nôtre. Il est certain néanmoins que les Chinois ont réalisé des ensemblestrès-imposants et très-harmonieux. Cependant leur architecture, leur poésie, leur langue, leur musique, leur peinturene peuvent être considérés comme approchant de la perfection. L'ensemble a quelque chose d'atrophié, pour ainsi dire. Onsent que la force fait défaut; qu'il y a dans l'idée un arrêt de développement; que le cerveau n'a pu dégager une formulesupérieure. Ainsi l'ouvrier patient et appliqué est devenu habile; mais l'artiste n'a que des sensations insuffisantes, et, parsuite, une conception bornée.
Là, comme ailleurs, on peut constater le rapport parfait qui existe entre les monuments et les jardins. A l'aspect de