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Texte (1867)
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JARDINS GRECS.

correctement, les exèdres, les statues, les bassins bordés de marbre. C'est ainsi que devaient être plantés et décorés les jardins del'Académie, ceux qui accompagnaient les gymnases, et sans doute aussi les jardins particuliers, ceux que Pisistrate et Ci mon possédaientà Athènes; renommés par leur beauté, dont on a conservé le souvenir, et le peuple était admis. Ces jardins devaient ressembler àceux qui furent établis plus tard à Rome par les artistes grecs, et qui contenaient des bosquets de verdure décorés de bancs en marbre,des places réservées pour les jeux, des salles de repos et de promenade, des autels pour les divinités rustiques, etc.

Les temples étaient souvent accompagnés de bois sacrés, lieux de délassement ou de méditation; quelquefois plantés ou percés delignes régulières, ornés de sculptures et de fontaines; mais qui devaient bien souvent aussi conserver la majesté sauvage des antiquesforêts; car les Grecs gardaient le sentiment poétique du paysage naturel. Ce qui en est l'indice, c'est le soin qu'ils apportaientà orner les sources des ruisseaux. Ils y élevaient de petits temples, des autels ou des statues; ils y plaçaient des bancs; ils y creusaientdes grottes, tout en conservant à ces retraites tous les charmes de la nature agreste. Leur mythologie révèle aussi ce sentiment délicat,cet amour pieux de la nature.

On a souvent parlé des jardins d'Alcinoùs décrits par Homère. Ce ne furent que des vergers, agréablement disposés en compartimentsréguliers. Mais le poète a exprimé ailleurs toute la finesse artistique des Grecs. Voici ce que dit à ce sujet G. Bast, traducteur deBœttiger :

« Les environs romantiques de la grotte de Calypso servaient de modèle aux Grecs pour orner leurs nymphéas, qui étaient les« plantations les plus embellies de l'ancien monde, et que l'on peut comparer aux jardins anglais de nos jours. »

Voici maintenant le passage d'Homère (Odyssée, Liv. V.) :

« Autour de la grotte, l'orme, le peuplier et le cyprès odorant, formaient un bocage toujours vert. avaient construit leur nid les« oiseaux aux larges ailes, l'épervier, le hibou et la corneille noire à grande langue, qui se plaît à vivre sur la mer. Une jeune vigne« étendait, autour de la grotte profonde, des rameaux couverts de raisins. Quatre sources, voisines l'une de l'autre, y roulaient leur onde« limpide et serpentaient de tous côtés. Autour d'elles verdoyaient d'agréables prairies de violettes et d'ache. Un dieu môme, arrivant« dans ces lieux, les verrait avec admiration. »

Rien de plus charmant que cette description; rien qui indique un sentiment plus profond des beautés naturelles.

Les nymphéas furent aussi reproduits à Rome. Ces grottes fraîches formaient des retraites délicieuses pendant l'été. Maisles Grecs et les Romains ne s'en tinrent pas aux rochers recouverts de lierre et de vigne. Ils construisirent, à l'entrée desgrottes, des portiques de marbre; les parois intérieures furent dressées et décorées avec la plus grande richesse de peinture et demosaïque; elles furent meublées avec luxe, et l'on y rassembla toutes les ressources que l'art peut mettre au service de la volupté

Ce goût des Grecs pour les paysages naturels est très-remarquable, car il exige un grand développement du sens artis-tique. Dans notre pays, ce sentiment est tout moderne. Il n'y a pas si longtemps, nos peintres ne dessinaient que lepaysage académique, c'est-à-dire des ruines encadrées de feuillage, ou des horizons mouvementés, meublés de palais, de temples,d'aqueducs, de statues, comme les rêvait le Poussin. Ces compositions attestaient une certaine vigueur de conception; mais cen'étaient que des décors pompeux, conformes au goût de l'époque; et l'on n'y trouvait pas l'amour sincère de la nature. C'estd'hier seulement que nos artistes se sont inspirés de la grande et vraie poésie, et que le convenu a disparu devant la réalité.

Les Grecs avaient connu cette poésie. Il est merveilleux de voir avec quelle grâce leur architecture s'allie aux paysagesnaturels. Ces charmants temples doriques ou ioniques, élevés sur des assises de rochers, encadrés de grands arbres sombres,qui faisaient ressortir la pureté de leurs lignes, la richesse de leur coloris, étaient bien des demeures préparées pour les DieuxOn n'a jamais rien imaginé de plus complet que ces nobles créations de l'art grec; rien qui égale, à un tel degré, l'harmonieexquise existant entre la nature et l'œuvre que l'homme y installe, en y ajoutant une grâce de plus.

C'est l'ensemble de ces créations que les architectes modernes doivent étudier pour approfondir les vraies règles de leur art. C'estcommettre une erreur que d'isoler le monument de son cadre, en se bornant à analyser les proportions de la construction;car ces proportions ont certainement été déduites de l'ensemble. II ne suffit pas, en effet, de disposer les masses, et d'étudierles détails, sans se préoccuper du milieu l'édifice doit être assis. On doit recourir aux règles de la perspective, et composeravec la nature sous les yeux. II est probable que les artistes grecs fixaient sur place les dimensions principales de leurs monuments,en ayant égard aux reliefs naturels qui devaient servir de soubassement, aux lignes qui se profilaient au fond des paysages, aux partiesde verdure qui devaient les encadrer; et c'est à cette méthode qu'ils devaient l'harmonie particulière qui nous frappe àl'aspect de leurs édifices. Ils choisissaient avec un grand soin l'emplacement, et y proportionnaient leur composition.

II n'est peut-être pas inutile de remarquer que l'emploi du module pour établir les proportions, non-seulement dans ledétail d'un ordre, mais dans l'ensemble d'un monument, donnait à leur architecture une élasticité, qui permettait de mettrefacilement la masse construite en rapport avec les lignes naturelles, sans altérer les dispositions générales.

Les jardins grecs ne paraissent pas avoir atteint les dimensions des jardins romains; mais ils servirent de type à ceux-ci;et s'ils furent moins fastueux, il y eut assurément plus de grâce dans leur simplicité.

En Grèce, mais surtout en Asie, quand le paysage environnant l'habitation était gracieux ou imposant, offrant lesdouces perspectives des plaines, ou les lignes sévères des montagnes, on dut, pour en jouir, non pas ménager des percées,comme dans nos jardins modernes, mais établir, sur des hauteurs dominant la verdure, des belvédères; ou, à des points extrêmes, surla limite des jardins, des exèdres, d' l'on pouvait contempler le paysage extérieur. L'intérieur d'un jardin n'admettait que de rareséclaircies. Les allées ombragées aboutissaient à des carrefours, ornés de fontaines, de kiosques ou de statues. Les plantations formaientdes bois entretenus avec soin. Les arbres étaient choisis pour la vigueur ou la richesse de leur feuillage, pour l'éclat de leurs fleurs,la douceur de leurs parfums, et aussi pour la bonté et la beauté de leurs fruits.

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