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INTRODUCTION.
les trouve encore de nos jours autour des chaumières, ils ont été agrandis et modifiés à mesure que l'humble demeure est devenuepalais, à mesure que les mœurs se sont perfectionnées, et que les sensations ont acquis chez l'homme plus de délicatesse. La productionutile à retirer du sol du jardin a été de plus en plus restreinte, ou tout à fait abandonnée. Une œuvre d'art, d'un charme très-pénétrant, d'un type très-original, s'est peu à peu développée, encadrant gracieusement les œuvres de la sculpture et de l'architecture
Cette relation intime entre l'architecture et l'art des jardins doit servir de règle dans les recherches qu'il y a lieu de fairepour posséder une idée assez précise des jardins anciens.
La pensée de l'artiste est guidée par des formules générales, transmises par la tradition et modifiées par les exigences quotidiennesdont l'ensemble imprime à toutes les œuvres d'une époque et d'une nation une physionomie particulière, en harmonie avec ledegré de civilisation auquel un peuple est arrivé, et qui caractérise son génie.
L homme qui travaille, quels que soient son intelligence et les efforts de son imagination, ne peut se soustraire à l'influence de cesformules générales, à cette nécessité d'une certaine imitation. Ces idées marquent de leur empreinte les objets les plus divers; elles ratta-chent à l'ensemble chaque effort particulier. En les étudiant, on peut, à l'aide de fragments et par analogie, ressusciter les choses dis-parues, leur restituer, avec quelque degré de certitude, la forme dont elles avaient été revêtues par les artistes de l'antiquité. Cetenchaînement, cette unité dans les créations artistiques, sont surtout visibles chez les nations antiques; l'isolement des artistesmaintenait la pureté des types; le progrès se faisait lentement; c'était un épanouissement régulier, puissant, paisible, comme touteffort logique et suivi; cela ne ressemblait nullement à l'engouement léger de la mode, qui n'enfante que des œuvres médiocreset des imitations maladroites.
II. JARDINS DE L'ASIE. — Les monuments de l'Asie, comme presque tous ceux de l'antiquité, ont une grande simplicitéde lignes (Fig. 2*). La construction offre en plan la forme d'un quadrilatère. Dans beaucoup de bas-reliefs, cette forme est aussi indiquéepour l'enceinte des villes. Il est probable qu'elle devait être employée pour l'établissement des jardins (Fig. 1*).
Autour de ces villes, sortes de camps retranchés, l'agriculture était très-développée ; car il fallait trouver, à peu de distance, lesmoyens de nourrir les groupes considérables de populations qu'elles renfermaient. De là l'exécution de grands travaux d'hydrauliquepour l'irrigation des terres. On retrouve de nos jours les traces des canaux, des barrages, des réservoirs établis pour la distributiondes eaux. Ces travaux ont des proportions immenses, extraordinaires même, aux yeux des populations modernes; à ce point que,dans l'île de Ceylan, le gouvernement anglais a reculé devant la dépense qu'entraînerait la restauration d'un simple barrage, élevéau milieu des gorges d'une montagne.
Les villes, dans un rayon le plus étendu possible, étaient entourées de plantations; mais souvent, au delà de celte zone, onretrouvait la nature aride. Ces plantations, parfaitement soignées, étaient admirables, au dire des auteurs contemporains; et la chosen'a rien d'improbable, car la population y appliquait tous ses efforts, non dans une intention de luxe, mais dans un espritde prévoyance et d'utilité. Cette application a dû naturellement faire faire de rapides progrès à la culture et, par suite, à l'artproprement dit. Dans l'antiquité les jardins n'étaient pas moins estimés que les palais; aussi étaient-ils plantés avec méthodeet ornés avec toute la richesse que comportaient les ressources de ce temps. Les rois, les grands officiers, les personnagesimportants de l'Etat avaient de belles promenades autour de leurs palais, à la ville; et des villas, à la campagne.
A cette époque, les plantations durent être ordonnées suivant les conditions générales de l'art. La ligne droite et la formerectangulaire en fournissaient les éléments principaux. Dans ces jardins, créés sous un ciel brûlant, le principal charme devait êtrede trouver des ombrages impénétrables aux rayons du soleil. On peut donc se figurer des avenues bordées de grands arbres, pavéesde larges dalles, comme cela se pratique encore en Perse. Les eaux y circulaient dans des canaux et des bassins en maçonnerie,bordant quelquefois les allées, ou s'enfonçant sous des massifs touffus, et devenant assez profonds et assez vastes pour former despiscines destinées aux bains. Les intervalles, compris entre les quadrilatères formés par les avenues, étaient plantés en quinconce,ou ornés de parterres de fleurs, ou occupés soit par des pièces d'eau, soit par des cultures d'arbres à fruit; quelquefois ils servaientde parc à des animaux domestiques ou sauvages. Ces jardins étaient aussi décorés de statues, d'autels et de constructions d'agrément.Des plates-bandes accompagnaient les côtés des avenues, et réjouissaient les yeux par le coloris des tleurs, qui remplissaient en mômetemps l'air de leurs parfums. Les palais très-vastes, mais d'une disposition simple, formés de salles juxtaposées, étaient tantôttaillés dans le rocher, tantôt construits en briques. Les murs épais étaient revêtus en ciment, en granit ou en marbre; les paroisétaient peintes ou sculptées. Ces constructions avaient plusieurs étages et étaient recouvertes par d'épaisses terrasses. Les ouverturesétaient rares. Tout enfin était combiné [pour combattre la chaleur et obtenir la fraîcheur des grottes naturelles.
Dans l'intérieur des cités, remarquables par l'étendue de leur enceinte (les murs de Babylone renfermaient, dit-on, une surface deterre labourable suffisante pour subvenir aux besoins de la population dans le cas d'un siège), des jardins spacieux devaient environnerles palais; de grands arbres ombrageaient l'extérieur des temples, ou formaient, sur les places, des quinconces où le peuple oisifpouvait se réunir.
Les fameux jardins de Babylone, cités comme une des merveilles de 1 antiquité, ne devaient probablement leur réputation qu'àl'étendue relative et au luxe du monument qui leur servait de support. Mais les créations de ce genre devaient être alors asseznombreuses. Dans l'Inde, à Bamyan, des populations ont creusé des montagnes et disposé, dans leurs flancs, des galeries et des réduitsformant de véritables villes. A Elora, à Mavalipouram, des palais et des temples ont été taillés dans le roc. Partout, dans la lourdeurdes constructions, on sent la préoccupation de se soustraire à l'ardeur du soleil. Il paraît donc assez logique que l'on ait, dans cedessein, chargé les terrasses des maisons d'une masse de terre suffisante, et qu'on y ait planté des arbres. De nos jours l'usage des ter-rasses est conservé en Orient; très-souvent on y installe des berceaux de vigne, de clématites ou d'autres plantes grimpantes qui