LUfaux accords & des disso-nances, écueils ordinaires oùles plus habiles échouoient,Lully a sçu composer lesplus beaux endroits de sesOuvrages, par l'art qu'il aeu de les préparer, de les pla-cer, & de les sauver. Enfin,il falloit Lully, pour donneren France la perfection auxOpéra, le plus grand effort& le chef-d'œuvre de la Musique. L'Abbé Perrin céda àce célebre Musicien, aumois de Novembre 1672,le Privilège qu'il avoit obtenu du Roi, pour ce Spe-ctacle. Le caractere de laMusique de cet Artiste admirable, est une variétémerveilleuse, une mélodie& une harmonie qui en-chantent. Ses chants sont sinaturels & si insinuans,qu'on les retient, pour peuqu'on ait de goût & de dis-position pour la Musique.Quelque Envieux lui dit unjour, qu'il ne devoit saréputation qu aux vers deQuinault, & qu une Poésiemâle & énergique l'auroitembarrassé. Le Musicien sen-sible à ce reproche, se sentitfaisi de son génie, & chantaaussi-tôt, en s'accompa-gnant sur le Clavecin, cesbeaux vers de Racine:Un Prêtre environné d'une foulecruelle,
10391Portera sur ma fille une maincriminelle :Déchirera son sein, & d'un œilcurieux,Dans son cœur palpitant, con-fultera les Dieux !" Un des Auditeurs (ditM. Racine fils) mara-conté qu'ils se crurenttous présens à cet affreuxSpectacle, & que lestons que Lully ajoutoitaux paroles, leur fai-soient dresser les che-veux à la tête. »On rapporte que Lullyétoit charmé d'entendrechanter les Airs de sa com-position, sur le Pont-Neuf,& qu'il faisoit quelquefoisarrêter son carosse, pourdonner au Chanteur & auJoueur de Violon, le mou-vement juste de l'Air qu'ilsexécutoient. Lully battantla mesure avec sa canne,se frappa rudement le boutdu pied, où il vint du mal,qui, s'irritant de plus enplus, le mit au tombeau.Ce Musicien célebre a com-posé dix-neuf grands Opéra;scavoir, Cadmus, Alceste,Thesée, Atys, Isis, Psi-ché, Bellerophon, Proser-pine, Persee, Phaëton,Amadis, Roland, Ar-mide, Tragédies en cinqActes ; les Fêtes de l'Amour& de Bacchus, Acis &Bb.iv.