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Tom. 1 (1685)
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144
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FRIRIPHILIPPE

144 II. ENTRETIEN SUR LES VIESJe ne vous rapporteray rien à pre$ent de luyni des autres Peintres qui ont travaillé au-deçà lesMonts. Je remets à vous en parler quand j'aurayachevé ce que j'ay à vous dire de ceux qui ontparu en Italie, dont je ne croy pas devoir inter-rompre la suite.Cependant, repliqua Pymandre, j'ay penſé plu-$ieurs fois à vous faire quelque demande $ur le $u-jet des Peintres de Flandre. Mais puis que vousne faites que differer, & que vous me promettezde satisfaire là-dessus ma curiosité, j'attendray pa-tiemment, & j'écouteray avec plaisir le reste devoſtre diſcours.Afin, repartis-je, de ne vous pas ennuyer enm'arrestant à plusieurs Peintres Italiens dont lesouvrages ne se voyent plus, & qui mesme ont estécomme effacez par ceux qui ont paru depuis, jevous diray peu de chose de PHILIPPE LIPPIFlorentin, qui pour avoir porté quelque tempsl'habit de Carme, fut appellé Frere Philippe. Jeprendray $eulement occa$ion de vous faire remar-quer en la personne de ce Peintre, combien lapeinture a de charmes, & qu'elle eſt capable d'a-doucir les esprits mesme les plus barbares, & d'a-molir les cœurs les plus endurcis.Car un jour que Frere Philippe eſtoit en la Mar-che d'Ancone, & qu'il s'e$toit mis avec quelques-uns de ses amis dans une petite barque pour sepromener le long des costes de la mer, ils setrouverent surpris par des brigantins Mores, quiles