84 II. ENTRETIEN SUR LES VIESavis, ce n'a pas e$té une mauvai$e conduite dansles Arts, qui a fait perdre aux Grecs & aux Ro-mains l'avantage qu'ils avoient autrefois dansceux de la Sculpture & de la Peinture.Je sçay bien, repliqua Pymandre, que les guer-res & les de$ordres en $ont la premiere cau$e. Jecroirois me$me que quand no$tre Religion s'e$tétablie, elle a commencé de renver$er les $tatuesen détrui$ant le culte des faux Dieux ; & ain$i cétArt dont le plus grand honneur parmi les Payense$toit de bien faire un Jupiter tonnant, ou unAppollon environné de lumiere, e$t venu à $eperdre quand il n'a plus e$té occupé à repre$enterces fausses Divinitez. Car comme toute la Reli-gion payenne consistoit dans la veneration desIdoles, les Sculpteurs prenoient un soin particu-lier de les bien tailler, & ce n'e$toit pas un em-ploy peu con$iderable que celuy de faire des Dieuxque tant de peuples adoroient.Il peut bien e$tre vray, repartis-je, que le tra-vail d'un $i grand nombre d'Idoles a e$te cau$e enpartie de ce que la Sculpture s'e$t $i fort perfe-ctionnée. Mais je pense aussi que s'il en faut at-tribuer le relaſchement & la perte à quelque cho-se, c'est à l'oisiveté & à l'ignorance dont les der-niers siecles ont esté corrompus, plûtost qu'à lapieté des Chre$tiens, qui en aboli$$ant le culte desfaux Dieux, n'ont point touché à une infinité derares ouvrages, ni condamné un Art si noble & siexcellent.
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