I. ENTRETIEN SUR LES VIESpenſe que des travaux de ſi grande étenduë m'oſtent en quelque ſorte l'eſperance de les voir dansleur perfection ; & j'envie à la posterité la joyequ'elle aura de contempler ces grandes chosesachevées, que nous ne voyons presentement qu'enidée.Pourquoy, luy repartis-je, voulez-vous quenous ne les voyions pas achevées? Il n'y a quesix ans qu'on commence à travailler de nou-veau à l'achevement du Louvre ; & cependantconsiderez combien l'ouvrage est avancé. Etquand il arriverait que ni vous ni moy ne ver-rions pas de nos yeux l'accompli$$ement de cesbeaux édifices, lai$$ons nous de le voir déja desyeux de l'ame dans la connoissance que nousavons que la France est gouvernée par un Roy quis'applique ſi fort à la rendre floriſſante?Je demeure d'accord, dît Pymandre, qu'on nedoit pas ſimplement regarder quelle eſt la gran-deur d'un Estat au moment qu'on le con$idere :mais d'ailleurs vous sçavez aussi qu'il n'arrive pastoûjours que l'on mette entierement à éxécutiontous les desseins qu'on se propose de faire, parcequ'on les forme ſouvent trop grands & trop dif-ficiles.Cela pourroit arriver, luy repartis-je, à unPrince qui n'auroit pas cette jeuneſſe, cette gran-deur de courage, & cette fermeté inébranlable denostre Auguste Monarque : mais toutes ces bel-les qualitez qu'il possede souverainement, nous
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