108 ENTRETIENS SUR LES VIESsont ombrées paroissent seulement couver-tes, comme j'ay dit, d'une eſpece de nuage. Ilfaudroit que nous eussions devant les yeuxquelques ouvrages de ce Peintre pour bienobſerver ce que je dis. Je pourray vous fairevoir dans le paysage que j'ay, comment leschoses y sont par grands morceaux, & nonpar petites pieces ; que chaque corps tient dela couleur de celuy qui luy ſert de fond, & s'yunit tendrement. Il y a parmy les arbres deschevres qui broutent & des moutons qui paiſ-sent qu'on a peine à connoistre, parce que cesanimaux ſont chargez de la couleur verte desfueilles qui les environnent ; Mais ce que jepourray vous faire voir encore, c'est le beauchoix des arbres : de quelle ſorte il a peint pargrandes ma$$es les jours & les ombres, & tou-ché le feüilles par dessus, mais legerement &avec eſprit. Vous verrez que les troncs des ar-bres ne prennent leur teinte naturelle qu'in-ſenſiblement à meſure qu'ils s'élevent, ne paſ-ſant jamais tout d'un coup d'une couleur à uneautre. Je veux dire que proche la racine ilstiennent encore de la couleur de la terre d'oùils sortent, & ne s'en détachent jamais par descouleurs qui tranchent. Vous y verrez de quel-le maniere ce Peintre conserye les couleurs
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