Ch. 141.
6 ENTRETIENS SUR LES VIESsont des matieres qui ne peuvent estre pri-vées de la lumiere qui les éclaire aussi bienque les autres couleurs qui sont étenduës surla ſuperficie de la toile.Secondement c'est que nous voyons le na-turel d'une autre façon que les Tablaux, parceque les rayons qui partent de nos yeux vontembraſſer les tournants des corps qui ſont derelief, ce qui ne ſe fait pas de meſme à l'égarddes ſuperficies plates, ſur leſquelles les rayonsviſuels demeurent arreſtez. C'eſt ce que Leo-nard de Vinci remarque dans ſon traité de laPeinture, où il fait voir que ſi nous regardonsles choses peintes avec un seul œil, elles noussembleront plus vrayes, & paroistront avoirplus de rondeur, quoyqu'il y ait toujours biende la difference entre une choſe peinte & le na-turel, a cause, comme je viens de dire, qu'il ya dans les corps naturels une lumiere & desombres que la Peinture n'a pas la force de bienrepresenter.N'est-ce point aussi, dit Pymandre, quenous n'avons plus aujourd'huy toutes les cou-leurs dont les Anciens ſe ſervoient : car voussçavez que l'on a parlé avec tant d'estime deleurs Tableaux, que meſme quelques-unsen ont écrit des choses prodigieuses & sur-