426Réflexions critiquesme, leur lecture l'échauffoit & lui ser-voit de trépied. Mais comme il met enœuvre hardiment, & c'eſt là toute ſa ver-ve ; comme il employe, ſans ſe laiſſer gê-ner aux regles de notre ſyntaxe, les beau-tez ramassées dans ses lectures, ellessemblent nées de son invention. Ses li-bertez dans l'expression paroissent les$aillies d'une verve naturelle, & $es verscomposez d'après ceux de Virgile &d'Homere, ont ainsi l'air original. Lesbeautez dont ses ouvrages sont parse-mez, étoient donc très-capables de plai-re à des lecteurs qui ne connoissoientpas les originaux, ou qui en étoient assezidolâtres pour chérir encore leurs traitsdans les copies les plus défigurées. Ilest vrai que le langage de Ronsard n'estpas du François; mais on ne pensoitpas alors qu'il fût possible d'écrire à lafois poëtiquement & correctement dansnotre langue. D'ailleurs des poësies enlangue vulgaire, sont aussi nécessairesaux nations polies que ces premierescommoditez qu'un luxe naissant met enusage. Quand Ronsard & les Poëtes sescontemporains, dont il étoit le pre-mier, parurent, nos ancêtres n'avoientpresque aucunes poësies qu'ils pussent li-re avec plaisir. Le commerce avec les
⛪