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LE TRIOMPHE DE LA VIE
LE POÈTE
Oui. Non... Va-t’en plutôt de ce côté de l’ombre.
Tu pourrais rencontrer quelqu’un dans le chemin.
(Elle s’en va en courant.)
LE POÈTE (à lui-même.)
Elle est gentille et fraîche comme une fleur de haie.
Elle ne m’embête pas, au moins, elle. Puis, elle est fraîche,
dis-je, et sa bouche est comme une poire fondante
oubliée au soleil d’une bleue matinée.
Et il n’y a rien de plus lisse que ses dents.
(Il passe la grille, se promène seul, etsonge. )
La nuit, c’est agréable de se promener comme ça.
Toute la foule de la fête est sur la place,et sans songer que là, dans ce jardin publicque l’on ferme avec soin à neuf heures du soir,on peut se trouver seuls en passant sur la grille.
... La nuit, dans le chemin, les herbes se confondent.
Il est doux de reposer son regard paresseux dans l’ombre,de ne plus se donner la peine de distinguer les choses,et de ne plus songer qu’au doux tremblement rosede ses lèvres de chèvrefeuille de juinet à sa gorge qui sent le lait et le foin.