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Le Triomphe de la vie, 1900 - 1901
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55
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JEAN DE NOARRIEU

Il met la joue doucement sur les seinsde la paysanne dorés comme du pain.

Et un grillon chante dans le pétrin.

Dehors,'la nuit coupe la lune claire.

Les arbres sont de l’ombre plus épaisse,une ombre si épaisse qu’on diraitqu’ils ont en eux l’ombre de la journée,et que cette ombre en eux s’est retiréepour y dormir jusqu’à la matinée.

Quel silence d’amour que n’interromptque le grésillement du crapaud qu’onentend sous quelque pierre du perron...La lune, à travers le catalpa, monte.

On distingue ses continents que rongeune lumière où s’endorment des songes...

Le jardin prie. On sent battre le cœurdes pêches dans le silence de Dieu.

Elles sont duvetées comme la lueurdes joues éclatantes de ces danseusesqui, à Laruns, pareilles à des fleurs,se déploient en lentes rondes paresseuses.