TOME PREMIER.
MUSIQUE D’ORGUE.
INTRODUCTION.
i.
'est à juste titre que l’orgue est appelé le roi des instrumentsde musique. Si l’Église n’a pas été son berceau, elle en a été du moinsla glorification: c’est grâce à elle, en effet, que cet incomparable in-strument est parvenu au degré de perfection qu’il possède aujourd’hui.
Le caractère de l’orgue est éminemment religieux, parce qu’il estcatholique, et c’est le profaner que de le transporter de l’église authéâtre, où cependant on lui fait parler un langage digne de la Re-ligion, tandis que dans le sanctuaire on lui fait trop souvent jouerun rôle qui ne serait pas même admis à l’opéra bouffe. Cette pro-fanation de l’orgue a lieu surtout en Italie, en France et en Belgique.Il faut reconnaître toutefois que ces deux derniers pays sont en grandprogrès depuis quelque temps.
n.
La Religion Catholique qui ne repousse aucune manifestation del’art, n’a point fermé ses temples à la tonalité musicale moderne; mais
on a eu tort d’y laisser pénétrer toutes les licences du style chroma-tique, et de faire perdre à l’orgue son accord et son véritable ca-ractère.
Autrefois, — et de nos jours encore il en est de même dans quelquesrares localités, — l’orgue était accordé diatoniquement, à tempéramentinégal, et, pour nous servir d’une expression technique, avec la quintedu loup. Cette manière d’accorder donne une grande pureté d’intonationaux huit tons qui sont principalement en usage dans le chant grégorien.Sans doute il y a, dans ce système, un je ne sais quoi d’insupportabledans le ton de sol bémol , et beaucoup de dureté dans les tons de labémol , de ré bémol et de si naturel majeur. En revanche, le tempéramentinégal donne à chaque ton un caractère et une couleur qui lui sontpropres. Il offre donc un très précieux avantage sur le tempéramentégal, qui rend tous les tons exactement semblables entre eux, tousétant supportables, il est vrai, mais aucun d’eux ne satisfaisant com-plètement l’oreille.
En changeant l’accord de l’orgue, on l’a mis au service del’ennemi, et l’on a consommé la ruine du plain-chant. On dirait