vraiment que le tempérament inégal avait été prévu pour servir debarrière au sensualisme du système chromatique!
H faut donc rebrousser chemin: ce sera un puissant moyen d’em-pêcher la musique d’orgue de suivre la pente funeste de la modulationeffrénée .
m.
Le caractère religieux de l’orgue réside surtout dans les jeux defond: ceux-ci sont l’âme de l’instrument et en constituent la partienoble, comme les cordes dans l’orchestre.
Les jeux de mutation sont le complément de ceux dont nousvenons de parler. Par lé mariage de leur timbre argentin, le plein-jeuacquiert une sonorité unique dont aucune combinaison orchestrale nesaurait donner une idée, et qui semble transporter l’auditeur sous unciel étincelant' d’étoiles. Mais rien n’est plus difficile à bien établircomme les jeux de mutation, et, mal faits, ils sont insupportables.
Les jeux d anches sont la partie bruyante et un peu vulgaire del’orgue. Pour être bons, ils doivent contenir leur propre bourdon. Unorganiste judicieux en réserve l’emploi pour les sorties , ou, s’il s’ensert pendant le service divin, ce ne sera qu’à l’offertoire, et encoreagira-t-il sagement de ne les mettre alors en œuvre que comme jeuxde solo, accompagnés avec les fonds.
La voix humaine est rarement d’un bon effet. Tous les organistessans goût ne se font point faute d’en abuser.
Le tremblant ne convient qu’à la voix humaine: il est fait pourelle. Lorsqu’on l’emploie avec d’autres jeux, il produit l’effet decertaines orgues de Barbarie.
Les voix célestes sont moins fatigantes que les voix humaines. Onen obtient de beaux effets, lorsqu’on les traite avec une sobriétéjudicieuse.
Les jeux de solo , en général, doivent être ménagés. Ils produisentquelquefois de beaux effets par leur mélange ; mais il y a ici unécueil que doivent éviter les jeunes organistes. Ceux-ci sont souventtentés d’abuser des ressources que leur offrent les combinaisons mé-caniques de la facture moderne. Il est bien plus facile de plaire àl’auditoire par l’opposition des timbres que de l’intéresser par lasolidité de la science et l’élévation des idées.
IV.
L’organiste catholique doit toujours édifier les fidèles. Il n’oublierajamais qu’il est dans la maison de Dieu. Son jeu sera constammenten harmonie avec la majesté du sanctuaire. S’il ne comprend pas laliturgie sacrée, il lui sera impossible de refléter, dans son style, la fêtedu jour que l’on célèbre. H jouera constamment alors de la mêmefaçon, à toutes les fêtes , comme un véritable mercenaire.
Il doit être grave sans être ennuyeux, élégant sans être léger,mélodieux sans être trivial. Il fera toujours usage d’une harmonie pureet riche, et, en même temps, aussi diatonique que possible.
L’organiste catholique évitera d 'amuser les fidèles et d’attirer leurattention par de petites mièvreries, par de petits effets d’opposition detimbres, par l’emploi insolite du tremblant et de la boîte expressive. Ceseffets ne sont tolérables que dans une salle de concert.
Y.
H faut que l’organiste catholique sache improviser. Il ne le pourrajamais d’une manière convenable, s’il ne possède l’harmonie, le contre-point, la fugue, un bon mécanisme des pieds et des mains, et uneconnaissance sérieuse du mélange des jeux.