PHILOSOPHIE.
092
l’indifférence, à l'égalité absolue: vous ne trouvezplus un père, une mère, des enfans ; mais un mâle ,une femelle, des jeunes et des vieux.
Chez l’homme, c’est autre chose : à l’instinct semêle la conscience et s’unit la raison : l’être moral,toujours le même , est toujours soumis aux mêmesdevoirs. Le pacte une fois compris et juré, il ne peutplus ni l’enfreindre ni le détruire, parce qu’il n’a pasfait la loi sur laquelle il repose. Dieu seul a créél’amour conjugal, comme il a créé l’instinct qui rap-proche les sexes : et il faut bien se garder de con-fondre cet instinct et cet amour.
Mais cet amour et cet instinct ne sont que desmoyens; le but est la propagation de l’espèce.
C’est donc dans l’intérêt seul de l’espèce, consi-déré au moral comme au physique, que la sociétédoit consacrer le mariage, et la religion le bénir.
Les anciens législateurs semblent avoir peu com-pris la dignité du mariage, et par conséquent lesdevoirs respectifs des époux. L’attrait des sexes, lafaiblesse de l’un et la force de l’autre , voilà les seulsprincipes sur lesquels ils appuyaient cette institu-tion. Elle ne leur semblait alors qu’un contrat entredeux individus, tout au plus entre deux familles ;contrat inique, où la force seule faisait loi, puisqued’un côté se trouvaient presque tous les droits, del’autre presque tous les devoirs. De là l’esclavage outout au moins la dépendance absolue des femmes :le pouvoir de les prendre ou de les répudier à vo-lonté, la liberté même d’avoir à la fois plusieurs