PREMIÈRE PARTIE. 33
qu’on ne puisse opposer à chacune de nos facultés ?je croirais faire injure à mes lecteurs si je leur indi-quais sous combien de formes et avec quelles inéga-lités de puissance l'attention et la comparaison seproduisent. Je les renvoie à cette phrase de Rous-seau : « L'esprit qui ne forme ses idées que sur desrapports réels, est un esprit solide ; celui qui seContente des rapports apparens, est un esprit su-perficiel ; celui qui Voit les rapports tels qu’ils sont,test un esprit juste ; celui qui les apprécie mal, estUn esprit faux ; celui qui controuve des rapportsimaginaires, lesquels n’ont ni réalité, ni apparence ,est un fou; celui qui ne compare point , est un im-bécile *. L’aptitude plus ou moins grande à compa-rer des idées et à trouver des rapports est ce qui faitdans les hommes le plus ou le moins d’esprit. »
Ainsi j puisque ces raisons ne suffisent pas pourfaire exclure du nombre des facultés l’attention et lacomparaison, elles ne prouvent rien contre la mé-moire.
Il est d’ailleurs facile d’expliquer les différencesque présente la mémoire ( recordatio ) dans les diversindividus. L’homme de cabinet aura la mémoire desmots, Je peintre celle des visages, le calculateurcelle des chiffres, le voyageur, le poète, celle deslieux. Et remarquez que dans les visages, le colo-riste se rappellera le teint, le dessinateur les traits,etc.
«
* Il n’y a pas d’homme qui ne compare point; ce quin’empêche pas qu’il n’y ait des imbéciles.
philosophie. 3