Des Charlatans. 493
§ 613. Le crédit de ce Charlatan de foire ,que cinq ou iix cents payfans entourent, grandsyeux ouverts , gueule béante , & le trouvantfort heureux qu’il veuille bien leur fripponnerleur nécefîaire, en ieur vendant, quinze ouvingt fois au-delà de là valeur, un remede,dont la plus grande qualité ferait d’être inu-tile, le crédit, dis-je, de ce frippon toléré,tomberoit bientôt, li l’on pouvoir perfuaderà chacun de l’es auditeurs, ce qui eft exac-tement vrai, qu’à un peu de fouplefie prèsdans la main, il en fait tout autant que lui ;& que , s’il peut acquérir fon impudence ,il aura dans un moment la même habileté,& méritera la même réputation & la mêmeconfiance.
§ 614. Si le Peuple raifonnoit, il feraitailé de le défabufer : mais ceux qui le con-duifent, doivent raifonner pour lui. J’ai déjàprouvé le ridicule de fa confiance aux Char-latans proprement ainfi dits ; celle qu’il a pourles Mâîges eft encore plus infenfée.
L’art ie plus vil s’apprend ; l’on n’eft fa-vetier, l’on ne raccommode de vieux mor-ceaux de cuir, que quand on a fait un ap-prentiffage ; & l’on n’en fera point pour l’artle plus néceffàire, le plus utile , le plus beau!L’on ne confie une montre, pour la raccom-moder, qu’à celui qui a paftë bien des an-nées à étudier comment elle eft faite, &quelles font les caufes qui la font bien aller,& qui la dérangent ; & l’on confiera le foinde raccommoder la plus compofée , la plusdélicate , & la plus précieufe des machines
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