Ann. 1768.Mars.
338 Voyage
mîmes fur le champ à l’ouvrage , nous funâmes levaiffeau, nous changeâmes les voiles, nous démarrâ-mes , nous mîmes des croupières fur nos cables , nouschargeâmes tous nos canons & nous baftinguâmes lepont. Chacun paffa la nuit fous les armes, & le len-demain nous fîmes touer le vaiffeau vers la côte orien-tale , en nous éloignant un peu du fond de la baie,afin d’avoir plus de place; nous portâmes fix pierriersfur l’avant du tillac, & nous prîmes toutes les autresmefures néceffaires pour nous défendre.
L e Réfident, M. Swellingrabel, étoit alors a vingtmilles dans l’intérieur du pays pour les affaires de laCompagnie; mais il m’avoit dit qu’il viendroit fûre-ment le premier d’Avril. J’attendois ce jour avec d’au-tant plus d’impatience, qu’un vieil ivrogne de fergentétoit la perfonne la plus refpedable du Fort. Le foirdu 3 i , il arriva un paquet de lettres pour lui, ce queje regardois comme un bon augure , & un gage defon retour au tems fixé. Je conçus des fentimens biendifférents, lorfque j’appris qu’on les lui avoit envoyées.Je ne foupçonnois point qu’il fût complice du projetqu’on m’avoit annoncé dans la lettre ; mais je nepouvois m’empêcher de douter fi on ne le retenoitpoint dans la campagne, afin qu’il fût abfent lors del’exécution du complot. Dans cet état d’incertitude& de foupçon, j’envoyai un meffage au Fort afin defaire partir un exprès auprès de M. le Réfident, pourl’avertir que je defirois le voir promptement & luicommuniquer une affaire de grande importance &qui n’admettoit point de délai. Je ne puis pas dire s’il
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