du Capitaine Carteret. 197
le canot à la recherche d’un endroit où nous puf-fions mettre à l’ancre fur la côte Sud. J’attendis Tonretour jufqu’à cinq heures de l’après-midi , dans laperpléxité la plus accablante ; je craignois que nousne fuirions obligés de paffer encore une nuit dans ceparage dangereux ; mais je le vis fonder une baie, &fur le champ je tirai vers lui. Peu de tems après leMaître revint à bord, & nous apprîmes avec une joieinexprimable , que nous pouvions y jetter l’ancre entoute sûreté. A l’aide de notre bateau, nous y mouil-lâmes fur les fix heures , &c j’allai dans ma chambrepour prendre quelque repos. J’étois à peine couchéfur mon lit, que je fus allarmé par un cri & un tu-multe univerfel ; les gens de l’équipage qui étoient dansl’entre-pont couroient en hâte fur le tillac & joi—gnoient leurs clameurs à celles des autres. Je melevai à l’inftant imaginant qu’un coup de vent avoitforcé le vaiffeau fur fon ancre & le chaffoit hors de labaie. En arrivant fur le tillac , j’entendis l’équipages’écrier dans un tranfport de furprife & de joie, quiapprochoit beaucoup de l’extravagance , le Dauphin !le Dauphin ! Dans quelques minutes cependant nousfûmes convaincus que ce que nous prenions pour unvaiffeau n’étoit rien autre que des trombes d’eau éle-vées dans l’air , par un des coups de vent violentsqui partoient fans interruption de la haute terre. Labrume fervoit à nous tromper. Cet erreur déconcertad’abord l’équipage, mais avant de les quitter, j’eus leplaifir de voir nos gens reprendre leur courage 6cleur gaieté ordinaires.
Ann. 1767.Avril.