474 Voyage
Je n’ajourerai rien à ce que j’ai déjà dit des concertsAnn. 1769. ^ j eurs jviénefiriers ambulants ; j’aurai occafion de lesdécrire ailleurs plus particulièrement , en rapportantce qui nous arriva dans une autre Ifle.
En d’autres pays, les petites filles & toutes les per-fonnes du fexe qui ne font pas mariées, font fuppoféesignorer entièrement les myfières de l’amour ; leurconduite & leur converfation font foumifes à la plusgrande réferve , & on a foin d’écarter de leur efprittoutes les idées & les images qui tiennent à l’amour.Il arrive précifément ici le contraire : parmi les diver-tiflémens de ces Inlulaires, il y a une danfe appelléeTimorodic , exécutée par des jeunes filles , toutesles fois qu’elles peuvent fe raffembler au nombre dehuit ou dix. Cette danfe eft compofée de poftures &de geftes extrêmement lafcifs, auxquels on accoutumeles enfans dès leurs premières années ; elle eft accom-pagnée d’ailleurs de paroles qui expriment encoreplus clairement la lubricité. Les Otahitiens obferventla mefure avec autant d’exaétitude que nos meilleursdanfeurs fur les théâtres d’Europe. Ces amufemens ,permis a une jeune fille, lui font interdits dès le mo-ment qu’étant devenue femme , elle peut mettre enpratique les leçons & réalifer les fymboles de la danfe.
On ne peut pas fuppofer que ces peuples eftimentbeaucoup la chafteté : les hommes offrent aux étran-gers leurs fœurs ou leurs filles, par civilité ou en for-me de récompenfe ; & l’infidélité conjugale, môme dansla femme , n’efi: punie que par quelques paroles duresou par des coups légers. Ils portent la licence des