du Capitaine Cook. 4
tout à table que toutes les autres Nations , policées &fauvages, aiment à jouir des agrémens de la fociété.Nous avons fouvent recherché comment les repas, quipar-tout ailleurs raftemblent les familles ôc les amis ,les ifolent à Otahïti , & nous n’avons jamais rien puapprendre fur cette matière : ils mangent fculs, difent-ils , parce que cela eft convenable ; mais ils n’ont ja-mais entrepris de nous expliquer pourquoi il eft con-venable de manger feul. Telle eft cependant la forcede l'habitude, qu’ils témoignoient la plus grande ré-pugnance & même de l’averfion de ce que nous man-gions en fociété , fur-tout avec nos femmes, & desmêmes mets. Nous penfâmes d’abord que cette étrangefingularité provenoit de quelque opinion fuperftitieu-fe ; mais ils nous ont toujours affirmé le contraire.Nous obfervâmes auffi dans cette coutume quelquescaprices que nous fûmes auffi embarraiïés d’expliquerque la coutume elle-même : nous ne pûmes jamaisengager aucune des femmes à s’afleoir avec nous àtable , lorfque nous dînions en compagnie ; elles al-loient pourtant cinq ou fix enfemble dans les cham-bres des domeftiques , & y mangeoient de bon cœurtout ce qu’elles pouvoient trouver : j’en ai cité unexemple plus haut, <5t lorfque nous les y attrapionselles n’étoient point déconcertées. Si quelqu’un de nousfe trouvoit feul avec une femme elle mangeoit quel-quefois avec lui ; mais alors elle témoignoit combienelle feroit fâchée que cette aftion fût connue, & exi-geoit toujours par avance les fermens les plus forts degarder le fecret.
Ann. 1769.Juillet.