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Ann. 1769.Juin.
.418 Voyage
frayeur , avoir abandonne : nous ne voulûmes pas lepourfuivre plus longtems, & il s’échappa. En revenantnous trouvâmes entièrement délerte la maifon quiétoit remplie auparavant de deux ou trois cens per-fonnes. Les Indiens s’appercevant bientôt que nousn’avions du reffentiment que contre Mathiabo, le chefWiverou , la femme ôc plufieurs autres fe rapprochè-rent & logèrent dans le même endroit que nous pen-dant la nuit. Nous étions cependant deftinés a une nou-velle fcène de trouble & d’inquiétude ; notre Sentinellenous donna l’allarme fur les cinq heures du matin , &nous apprit qu’on avoir pris le bateau. Il dit qu’il l’avoirvu amarré à fon grappin une demi-heure auparavant,mais qu’en entendant enfuite le bruit des rames , ilavoit regardé s’il y étoit encore, & qu’il ne l’avoit pasapperçu. Nous nous levâmes promptement à cettetrille nouvelle, & nous courûmes au bord de l’eau.Les étoiles brilloient & la matinée étoit claire; la vues’étendoit fort loin, mais nous n’apperçûmes point debateau. Nous étions dans une fituation capable de juf-tifer les plus terribles craintes , il faifoit calme toutplat, il étoit impofible de fuppofer que le bateau s’é-toit détaché de fon grappin ; nous avions de fortesraifons d’appréhender que les Indiens ne l’euflent at-taqué, & que, profitant du fommeil de nos gens, ils11’eufîent réuffi dans leur entreprife. Nous n’étions quequatre, nous n’avions qu’un fufil & deux piftolets depoches chargés, mais fans aucune provifion de ballesni de poudre. Nous reliâmes long-tems dans cet étatd anxiété & de détrefîe, attendant à tout moment queles Indiens foudroient fur nous , lorfque nous vîmes