Ann. 17(39.Juin.
40 6 Voyage
pour qui les Naturels du pays avoient un refpeèl ex-traordinaire ; il amenoit avec lui un enfant d’environfept ans & une jeune femme qui en avoit à-peu-prèsfeize ; quoique l’enfant fût très en état de marcher ,il étoit cependant porté fur le dos d’un homme , ceque nous regardâmes comme une preuve de fa dignité.Dès qu’on les apperçut de loin , Obéréa & plufieursautres Otahitiens qui étoient au fort, allèrent à leurrencontre après s’être découverts la tête & le corpsjufqu’à la ceinture ; à mefure qu’il approchoit, tousles autres Indiens qui étoient aux environs du Fort,faifoient la même cérémonie. Il eft probable que dé-couvrir fon corps eft dans ce pays un témoignage derefpeêl ; & comme ils en Iaiflent voir publiquementtoutes les parties avec une égale indifférence , nousfûmes moins étonnés d’appercevoir Oorattooa fe mettrenue de la ceinture en bas : ce n’étoit peut-être qu’uneautre politeffe adaptée à des perfonnes d’un rang dif-férent. Le Chef entra dans la tente , mais toutes nosprières ne purent pas engager la jeune femme à l’yfuivre , quoiqu’elle parût refufer contre fon inclina-tion. Les Naturels du pays étoient très - foigneux del’en empêcher; ils employoient prelque la force, lorf-qu’elle étoit fur le point de fuccomber. Ils retenoientl’enfant en-dehors avec autant d’inquiétude ; le Doc-teur Solander le rencontrant à la porte , le prit parla main & l’introduifit dans la tente avant que lesOtahitiens s’en apperçuflent , mais dès que d’autresIndiens qui y étoient déjà le virent arriver , ils lefirent fortir.