marna mwin—
Ann. 1769.
Juin.
396 Voyage
dépend jufqu’à un certain point; & comme on prévientquelques crimes en fufpendant avec des chaînes le corpsd’un criminel après fa mort, de même, le defir d’écar-ter l’infamie de notre tombe , ou d’acquérir de l’hon-neur, lorfqu’il ne reliera plus de nous que le nom ,procure de grands avantages à la fociété & arrête biendes maux.
Des mœurs abfolument nouvelles nous montrentles folies & les abfurdités des hommes féparées de cesidées particulières qui, par leur affociation, nous ac-coutument à les voir fans en être furpris. Le meilleurufage peut-être que nous puiffions faire de la con-noiffance de ces mœurs étrangères, c’eft de nous mon-trer combien les fottifes du genre-humain font effen-tiellement les mêmes prefque par-tout. Lorfqu’un zélédévot de l’Eglife Romaine voit les Indiens des bordsdu Gange , perfuadés qu’ils s’affurent le bonheurd’une vie future en mourant avec la queue d’une va-che dans la main, il rit de leurs extravagances & deleur fuperftition ; mais ces Indiens riroient a leur tourfi on leur difoit qu’il y a dans le continent de l’Eu-rope des hommes qui imaginent qu’ils fe procurerontles mêmes avantages , en mourant avec les fandalesd’un Francifcain (u).
Comme les Indiens depuis quelques jours nous ap-portoient du fruit-à-pain en moindre quantité qu’àl’ordinaire , nous en demandâmes la raifon , & l’on
(a) Les Lefteurs qui trouveront ces expreffions choquantes doiventremarquer que c'eit un Proteftant qui parle.