Ann. 1769.■Avril.
344 Voyage
interceflion étoit inutile, leur commifération fe répan-dit en larmes.
- Ils font toujours , il eft vrai , ainfi que les en-fans, prêts à exprimer par des pleurs tous les mouve-mens de l’ame dont ils font fortement agités, & com-me eux , ils paroiffent les oublier , dès qu’ils les ontverfés ; entr’autres exemples, celui que nous allons enciter eft remarquable. Le x8 , dès le grand matin &avant le jour, un grand nombre d’indiens vinrent aufort; M. Banks ayant remarqué Terapo parmi les fem-mes, il alla vers elle & la fit entrer; il vit qu’elle avoicles larmes aux yeux , & dès qu’elle fut dans le fort,fes pleurs commencèrent à couler en grande abondan-ce. M. Banks lui en demanda la caufe avec inftance,mais, au lieu de lui répondre, elle tira de defious fonvêtement la dent d’un goulu de mer, dont elle fe frap-pa cinq ou fix fois la tête ; un ruiffeau de fang fuivitbientôt les bleffures : Terapo parla très-haut pendantquelques minutes , d’un ton très-trifte , fans répon-dre en aucune maniéré aux demandes de M. Banks,qui les lui répétoit toujours avec plus d’impatience &d’intérêt. Pendant cette fcène, M. Banks fut fort fur-pris d’appercevoir les autres Indiens qui parloicnt &rioient entr’eux , & ne faifoient aucune attention à ladouleur de l’Otahitienne. Mais la conduite de cettefemme fut encore plus extraordinaire ; dès que les plaieseurent celle de faigner , elle leva les yeux , regardaavec un fourire , & raflembla quelques pièces d’étoffedont elle s’étoit fervie pour étancher fon fang; elle enfit un paquet, les emporta hors de la tente & les jetta
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